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des Comores

La honte doit changer de camp

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La honte doit changer de camp © : HZK-LGDC

Ils ont osé. Ils ont franchi sans honte aucune le pas, passant de la menace à l’exécution d’une décision scélérate, inique et anti-républicaine. Encore une fois, la loi de la « république villageoise » a fait une victime. Une de plus, une de trop.


Au mépris de la loi républicaine, au mépris de la protection des droits de l’enfant et de la famille, au mépris de l’équité et de la justice. Les notables, sans scrupule, ont tranché. Les wanamdji ont, sans état d’âme, exécuté l’ordre. Cet énième épisode d’une série infamante s’est déroulé à Mbambani dans le Hambou le week-end dernier.

 

Mbambani a chassé une famille de sa maison. Leur crime, avoir porté plainte pour viol et pédophilie. Saisir la justice pour qu’elle tranche sur un acte de pédophilie et de viol indispose  profondément les hommes d’influence de la localité. Religieux, notables et cadres sont unanimes. Pour eux, la réponse idoine est l’expulsion, non pas de la personne accusée de viol mais de la famille de la victime. La médiation du préfet de la région et du maire n’a pas infléchi la position arrêtée. La loi de leur « Mila Nantsi » est au-dessus de tout.

   

Cet acte inqualifiable, défiant la raison et la morale interpelle sur notre rapport à la loi de la République et sur les prérogatives tacites que s’arroge « le pouvoir de l’honneur » à Ngazidja. Une localité s’autorise à punir lourdement une famille parce qu’elle aspire à faire prévaloir ses droits en faisant appel à la justice. Une famille qui a choisi d’entamer une procédure normale en pareille circonstance, dans un pays où le recours au hitima a le vent en poupe. Une mère qui rompt le silence dans lequel se vautrent tant d’autres victimes d’abus, croit son fils, alors que d’autres préfèrent regarder ailleurs, et ne demande rien d’autre que la lumière sur cette affaire, au lieu de se livrer aux habituelles marchandages. A cette mère courageuse et déterminée, la solidarité et la compassion naturelles attendues ont brillé par leur absence et son village lui offre en signe de soutien tout simplement le bannissement.

 

Une telle pratique est un désaveu de la loi de la République au profit de la montée en puissance des « micro États » villageois. Malgré la présence des mairies et des préfectures, l’emprise du « Mila Nantsi » est de plus en plus forte et incontestée. La notabilité régit tous les domaines y compris le spirituel. L’État semble s’accommoder de cet allié malléable à souhait et très utile dans l’aménagement du territoire. Sauf que cette délégation de service public implicite s’accompagne parfois d’empiétements manifestes de droits inaliénables. L’État a le devoir de rétablir ces droits et de reconquérir cet espace perdu par laxisme et complaisance. Le silence des cadres notables et des religieux de la région suscite aussi des interrogations. Tant d’apathie devant une telle ignominie est incompréhensible.

 

Pour que la honte puisse changer enfin de camp, ce combat ne doit pas être porté uniquement par les familles des victimes et les organisations non gouvernementales. Qu’un village ait pu prononcer une telle sentence en 2020, c’est dire le long chemin qui reste à parcourir.

 

BAKARI Idjabou Mboreha

 


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