La Gazette

des Comores

L’inévitable et définitif départ

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L’inévitable et définitif départ © : HZK-LGDC

OUI, c'est terminé, bien terminées les réunions publiques où le ton maîtrisé, la gestuelle pédagogique, le propos captivant l'auditoire, mettaient à nu la triste réalité d'une situation économique, sociale et politique enlisée dans l'archaïsme séculaire de nos pratiques villageoises. SAID ALI KEMAL, puisqu'il s'agit de lui, nous a quittés. Le SHUMA, sans lui, ne sera plus le Shuma, quel(le) que soit celui ou celle qui en prendra la direction.


Non pas parce qu'il en avait été le fondateur, mais parce qu'on sait qu'on y tenait le discours de la vérité, qu'on y dénonçait les dérives assassines d'une administration rongée par la pire des corruptions, les détournements sus de tous mais jamais sanctionnés des deniers publics et (sans être exhaustif dans cette honteuse énumération) ce favoritisme si insupportable qu'il écarte trop souvent les meilleurs pour confier des responsabilités à l'incompétence, parfois même notoire. KEMAL avait l'art, les constructions langagières signifiantes adaptées pour susciter la prise de conscience de ceux et celles venus l'écouter. 

 

J'ai eu à plusieurs reprises l'opportunité d'avoir quelques échanges avec lui sur des sujets divers dont la politique. J'avoue que jamais il ne citait de noms dans l'implacable et sombre caractérisation de ce que nous sommes, de ces illusions d'un mieux être trahi surtout par ceux desquels on attendait a priori l'incarnation de l'exemplarité, en l'occurrence ceux qui font de la chose politique leur occupation première et permanente. 

 

SAÏD ALI KEMAL était bien conscient de nos limites, de l'irresponsabilité caractérisée de certains groupes sociaux, mais il évitait l'indexation de telle ou telle catégorie sociale, préférant faire porter la responsabilité du naufrage sur nous tous. Quand j'insistais sur l'incurie de l'irrationalité des élites qui se succèdent depuis l'accession à l'indépendance, il me rappelait la force assimilatrice de notre contexte et l'insuffisance alarmante de références fortes dans l'incarnation de l'exemplarité, susceptibles d'une prise de conscience progressive des valeurs propres à l'édification d'un Etat réellement démocratique.

 

Adieu KEMAL, on se rappellera sans doute longtemps qu'à plusieurs reprises tu t'es démis des gouvernements auxquels tu appartenais parce que tu estimais qu'on tolérait la corruption, qu'on normalisait la cherté de la vie, qu'aucun sens ne justifiait et n'orientait quoi que ce soit. En somme, tu avais la conscience de ce qu'est l'intérêt collectif et de la nécessité d'une vision dans tout ce qu'entreprend une entité dynamique, a fortiori un état, une société avec ses besoins multiples. Tu avais cette conscience indispensable à gouverner. Celle justement qui faisait défaut à ceux qui avaient les rênes du Pouvoir. Des rênes du Pouvoir que tu n'avais pas conquises. Que tu n'avais pas conquises parce que tu refusais le conformisme qui dénature le comportement citoyen et conditionne les pratiques purement politiciennes, en d'autres termes l'assimilation. Tu as incarné le sens de l'Histoire. Ils en incarnent le versant dégradant.

 

Toutes nos condoléances à tes frères, à l'ensemble de ta famille, à tous ceux qui, comme moi, ont apprécié ton comportement en politique.

 

Ali Mlamali

                

 


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