« L’homme est le seul être qui éprouve le besoin d’accomplir des actes inutiles » (lecomte De Nouy, la dignité humaine)
Les événements qui viennent de se dérouler à Koimbani dans la région d’Oichili à la fin de ce mois de ramadan ont été amplement décrits par la presse nationale, commentés devant les places publiques. Ils méritent d’être analysés plus à fond car on peut en tirer des enseignements : ces événements ont pour origine l’absence d’électricité dans la ville de Koimbani. Une altercation entre les agents de la SONELEC et les jeunes de cette ville s’est soldée par une coupure d’électricité depuis déjà trois semaines. Notons par ailleurs que ces jeunes de Koimbani, la ville du grand poète et patriote Mbaé TRAMBWE rejettent toute responsabilité quant à cette affaire et « accusent SONELEC et la Gendarmerie.»
Comment peut-on accepter une désorganisation économique d’une entreprise d’Etat, de faire souffrir moralement et physiquement la population de toute une ville en lui privant de l’électricité pendant des jours et des jours, pendant des semaines, sans se soucier de la vie des uns des autres, alors que ces gens sont des abonnés permanents et paient leur consommation.
Pourquoi les jeunes à leur tour, se laissent guider par la violence, par le désordre, au lieu de revendiquer leurs droits dans la sérénité et le calme ? Comment laissent-ils éclater cette violence sociale ? Celle-ci revêt des formes multiples, elle apparaît bien avant de se manifester par des désordres physiques. Dès qu’une force, dès qu’un pouvoir, dès qu’un groupe de jeunes se laisse conduire de façon excessive par son intérêt ou sa passion sans égard pour le bien commun, il introduit la violence dans la société ; et, tôt ou tard, il la subira à son tour.
C’est vrai dans telle ou telle ville. Il est normal qu’elle cherche à produire et à maintenir la paix et la sécurité dans son espace, car elle est dans son rôle. Mais si la ville ou le village de telle ou telle région décide de le faire au mépris de la sécurité de ses habitants, ou des conditions de bon voisinage entre deux villages si proches, de l’environnement naturel, bref des intérêts sociaux avec lesquels, la paix et la sécurité sont menacées, ces villes et villages commettront alors une violence sociale qui sera ressentie comme une agression par ceux qui en sont les victimes.
A titre d’exemple, prenez ce qui se passe autour de vous en ce moment dans votre région, dans votre ville ou village ; c’est également vrai des associations des jeunes de toute nature. Qu’elles défendent les intérêts de leurs membres, rien de plus normal. Mais si elles fixent systématiquement des exigences qu’elles savent inacceptables pour l’autre partie, si elles recherchent non le compromis, mis la défaite de l’autre ou la rupture, si pour faire sentir leur puissance, elles tirent avantage de la fragilité des édifices complexes, aux mécanismes délicats, que sont les sociétés traditionnelles, religieuses comme la notre, fortement influencées par le modernisme européen ou occidental, finissent alors par commettre un acte de violence sociale. Cette dernière n’épargne personne : Toutes les couches sociales sont concernées et les forces de l’ordre seront à leur tour, dépassées par le degré des événements ou des faits divers, qui secouent ou opposent deux associations sportives de deux villages différents ou pire, du même village.
La société comorienne est en droit d’attendre de ces jeunes un comportement modéré et responsable. Il leur revient de préserver les libertés dont ils jouissent en évitant de les miner par les abus de la violence. Je pense (il se pourrait que je me trompe) que pour limiter la violence dans notre pays, il nous faudra tous se demander : jusqu’où ai-je le droit d’y aller ? Nous imposer à nous-mêmes, une autodiscipline. Certes la puissance publique (le pouvoir politique) peut s’opposer aux excès les plus abusifs.
Pour cela, il ne faut pas attendre pour le faire qu’éclatent les désordres physiques. Et qu’on ne se prononce pas en fonction de références politiques : la violence des amis n’est pas recommandable que celle des adversaires ; vis-à vis de la violence c’est-à-dire de l’excès de l’outrage et de la mesure, de l’égoïsme indifférent à la solidarité, de la politique du pire. L’opinion d’une société démocratique ne doit montrer aucune intelligence, aucune faiblesse.
Elle doit se former un réflexe de répulsion vis-à-vis des visages congestionnés et des voix bordant l’hystérie, comme aussi du vocabulaire de l’outrance et de la menace. Elle doit les blâmer d’où qu’ils viennent et dès qu’ils apparaissent ; c’est ainsi d’elle-même, et en elle-même que notre société défendra sa propre liberté et lui assurera d’être paisible.
Pr Djaffar MMADI, Universitaire, Ancien Ministre
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