Sans ouverture politique et véritable dialogue, l’indifférence des dirigeants devant les revendications et les développements du climat social auxquels nous assistons sont porteurs de graves dangers pour la paix sociale et la cohésion nationale et risquent, si nous n’y prenions pas garde, de conduire notre pays vers des lendemains difficiles. C’est en ces termes que bon nombre de comoriens expriment leur inquiétude face à la conjoncture actuelle.
Faut-il rappeler que depuis l’avènement de la 3ème république un nouvel espoir et une perspective de vie meilleur pour les comoriens ont émergé. Ils restent pourtant un rêve si des crises économiques et politiques sans issue gagnent du terrain. Le vrai problème rencontré par la majeure partie de la population est un problème de vie et de mort. C’est une mort injustifiée liée à la mauvaise performance économique aggravée par des querelles politiques.
La trajectoire politique de mon pays révèle que l’instabilité politique a toujours des retombées négatives sur la situation économique et le niveau de la population. Les chiffres nous indiquent que les effets économiques et sociaux des crises politiques sont néfastes : durant les crises de 1997 (crise séparatiste d’Anjouan), 1999 (une prise de pouvoir par l’armée), et de 2008 (le débarquement d’une force internationale à Anjouan), sans oublier l’assassinat du président Ahmed Abdallah en 1989 : le taux de croissance économique a été de –1,2% en 1997 contre 0,9% en 1999 et avoisinant le 1% en 2008, (le taux de 2007 est de 0,5%).
En ce qui concerne l’inflation, le taux est de 3,7% en 1997, et de 3,5% en 1999 et gravitant autour de 4,7% en 2008. Par ailleurs le taux de pauvreté est passé de 65% en 1999 à 80% après la crise de 2008. Il n’est pas besoin d’être économiste pour constater que les échecs cumulatifs font que la situation socioéconomique est devenue de plus en plus catastrophique tandis que le nouveau régime issu des élections doit en permanence faire face à des conflits sociaux et politiques.
Comme ses prédécesseurs, le régime actuel semble plutôt plus préoccupé par la stabilité politique, et oublie l’essentiel qu’est la croissance économique inclusive. Il faut se rendre à l’évidence, parce que la situation actuelle démontre clairement que les infrastructures de gouvernance en Union des Comores sont plus que largement dépassées par la crise. Autrement dit, nous faisons semblant d’ignorer les vrais problèmes en nous concentrant uniquement sur le partage des postes politiques.
Le contexte actuel est principalement incriminable à la dégradation des valeurs morales, culturelles et civiques ainsi que de la perte des repères de notre identité et de nos diversités. En tout cas, en refusant de dialoguer avec les diverses entités politiques et la société civile, le régime en place risque d’ouvrir la voie à une situation d’instabilité politique permanente qui serait loin de favoriser la relance économique du pays.
Salim Maabad
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