La course vers la Liberté est semée d’embûches. En ce samedi 5 Juillet 1975, rien pourtant ne laisse présager qu’un chamboulement majeur va avoir lieu sur nos terres... La tension est palpable à Moroni. Depuis quelques temps déjà, il est de plus en plus courant d’entendre le slogan « Mkolo nalawe ! ». La vague réfractaire à la Colonisation qui secoue les pays du continent y est pour beaucoup. A la radio, des messages prônant l’indépendance immédiate sont diffusés.
Ici et là à travers des meetings, de jeunes leaders maniant habilement le verbe exacerbent ce sentiment de liberté qui secoue les âmes de ce peuple insulaire qui nourrit de plus en plus de rancœur envers le colon. La population s’exprime et ne se gêne plus pour le faire savoir. « Uhuru na kazi ! » (Indépendance et Travail) ! Ces deux formules résument à elles seules, l’état d’esprit dans lequel baigne tout un peuple. La jeunesse, jusqu’ici reléguée au niveau le plus bas de l’échelle sociale, s’invite dans les discussions et, dans son désir de s’émanciper de la tradition et de participer activement à la construction des Comores indépendantes, harangue les foules.
Depuis 2 ans au moins, les processus de négociation semblent patauger avec des accords qui font polémique. Le plus troublant restant celui signé à Paris le 15 Juin 1973 par Ahmed Abdallah. Ce dernier est à la tête de la délégation comorienne chargée de négocier avec la France, au nom des Comores, les Accords historiques devant mener l’Archipel à la souveraineté internationale. Malheureusement, on nous servira un texte ambigu contenant les germes « d’une balkanisation programmée des Comores indépendantes », et qui sera très vite décrié par l’opposition.
« E nyama i triwa putu… »
La lutte continue. Pas un seul jour ne passe sans que les différents mouvements et partis politiques de la place ne s’agitent et débattent de l’avenir de nos îles. Le 22 décembre 1974 est organisée la Consultation tant attendue « des populations des Comores ». 90% des suffrages sont en faveur de l’indépendance. La population exulte mais déchante très vite. Et pour cause : Paris décide d’interpréter les résultats du référendum « ile par ile ». Murmures, mécontentements, frustration, la rue gronde… et les tensions montent crescendo.
3 juillet 1975 : le Parlement français vote une Loi « relative à l’indépendance du Territoire des Comores » et stipulant qu’un Comité devra se réunir pour rédiger un projet de constitution « garantissant les libertés démocratiques des citoyens et la personnalité politique et administrative de chaque île composant le futur Etat ». Les perspectives d’une unité totale de l’archipel s’émiettent. Dans cette cacophonie, un sentiment de révolte se propage… Dans les flammes de la lutte, il n’y a pas de place pour les âmes timorées. Demain s’annonce incertain et pourtant… un sentiment plus fort résonne encore. L’espoir pour des lendemains meilleurs. Minuit sonne… Dans les cœurs, une certitude : « Nous lutterons jusqu’au bout ». Samedi 5 Juillet 1975, un arrêté tombe : les députés sont convoqués pour une Session extraordinaire. Dehors, tout est silencieux... le calme avant la tempête... La suite au prochain numéro
S.C/S.C
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