Les déclarations à l’emporte-pièce faites la semaine dernière par le directeur de cabinet du Président de l’Union sur les ondes de la RTMC de M’béni, méritent-elles le traitement particulier que leur a réservé une presse indépendante comme La Gazette des Comores ?
Cherchant à faire diversion à l’échec patent de la politique économique et sociale du gouvernement, ou supportant mal l’insuccès des assises nationales, M. Youssouf Mohamed Ali déplace les questions qui doivent faire débat en faisant des mauvais procès aux responsables de l’Union de l’opposition.
Le gouvernement peut-il raisonnablement s’enorgueillir de chantiers routiers engagés par ses prédécesseurs qu’il critique à outrance, alors même qu’il ne fait que parachever leur œuvre au nom du principe de la continuité de l’Etat ? A-t-il fait preuve de sens de responsabilité en détruisant de fond en comble les bâtiments de l’hôpital historique d’El Marouf sans la moindre solution de rechange en perspective ?
Le principal collaborateur du chef de l’Etat prête surtout à rire lorsqu’il fait valoir la victoire de la majorité présidentielle actuelle pour justifier le procès sordide qu’il veut intenter aux chefs de l’opposition. Faut-il lui rappeler que du fait du départ du parti « Juwa », ladite majorité manque aujourd’hui de ressorts et d’assise électorale ?
La légitimité politique du gouvernement n’est pas seulement fragilisée par la logique de l’arithmétique électorale, sa faiblesse résulte aussi de l’impopularité croissante qui entache son action. Car il ne sied pas à un pouvoir élu démocratiquement d’emprunter les sentiers battus de la démocrature, de l’autoritarisme et du pouvoir personnel.
Le peuple comorien, en général, et les auditeurs de la RTMC de M’béni, en particulier, n’en veulent pas de pantalonnades ni d’effets de manche. Ils sont plutôt en droit d’attendre, du directeur de cabinet et de ses amis, des explications claires et convaincantes sur les questions suivantes :
1) Par quoi se justifient et comment maîtriser l’inflation galopante, la hausse exponentielle des tarifs douaniers et la cherté insupportable de la vie ?
2) Est-il cohérent de renforcer les barrières douanières et protectionnistes, ou créer une centrale d’achat contraire aux intérêts des commerçants et à la libre concurrence, à l’heure où le Président signe des traités de libre échange et où on s’apprête à parapher des accords d’union douanière ?
3) Les tentatives de modification de la constitution visant à torpiller la présidence tournante et l’autonomie des îles afin de de garder à vie le pouvoir, ne sont-elles pas de nature à porter atteinte à l’alternance et donc à la démocratie, et surtout à ressusciter les querelles du séparatisme et l’instabilité ?
4) Le musellement honteux de l’opposition et des libertés publiques, la mise en veilleuse de la cour constitutionnelle, ainsi que l’abrogation arbitraire de la commission anti-corruption ne risquent-ils pas d’enfoncer le pays dans les sables mouvants de la dictature pure et dure ?
5) Quelle mouche aurait, enfin, piqué les courtisans du gouvernement pour faire croire que le député Maoulana Charif serait capable de débaucher le secrétaire général de l’UPDC, Youssouf Boina, de l’opposition pour l’embarquer dans le bateau ivre d’un pouvoir aux abois ? Ne savent-ils pas que le président Azali avait tenté, lui-même, d’en faire son conseiller juridique dès même son premier mandat, sans succès ?
Youssouf Boina,
Secrétaire général de l’UPDC et conseiller juridique de l’Union de l’opposition.
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.
© : HZK-LGDC