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Diaspora et binationaux : des citoyens de seconde zone ?

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Diaspora et binationaux : des citoyens de seconde zone ? © : HZK-LGDC

Les Comores possèdent une diaspora importante à travers le monde. C’est une richesse incontestable. Ses membres jouent un rôle important dans le développement économique et social du pays mais ils sont actuellement exclus de la vie politique en raison de leur absence physique. Il est temps de reconnaître leur contribution et de leur donner le droit de vote et d'éligibilité.


Tout d'abord, il est important de souligner que les membres de la diaspora comorienne ont un intérêt direct dans les affaires politiques du pays. Ils ont des familles qui vivent aux Comores et ils sont souvent les principaux soutiens financiers du foyer. Ils ont donc un intérêt légitime à s'impliquer dans les décisions qui affectent leur pays d'origine.

Par ailleurs, les membres de la diaspora comorienne ont souvent une expertise et une expérience qui peuvent être utiles pour le développement des Comores. Beaucoup d'entre eux ont une éducation et une expérience professionnelle de haut niveau, et ils peuvent apporter des idées et des compétences qui peuvent aider à améliorer les conditions de vie des Comoriens.

En outre, rappelons que les membres de la diaspora comorienne sont souvent très engagés dans la vie politique de leur pays d'accueil. Ce sont des citoyens actifs et des électeurs conscients. Ils peuvent apporter une perspective unique et importante aux débats politiques aux Comores.

Enfin, il est important de noter que le droit de vote et d'éligibilité des membres de la diaspora comorienne est conforme à la tendance internationale. De nombreux pays ont déjà adopté des lois pour donner aux membres de leur diaspora le droit de vote et d'éligibilité. Il est temps que les Comores suivent cette tendance.

Reconnaître leur contribution et les inclure dans la vie politique du pays, permettra de renforcer la participation citoyenne.

Hélas, les dernières lois adoptées ou en voie d’adoption par l’Assemblée nationale marquent une volonté politique regrettable : celle de mettre au rebut, tout esprit citoyen de la diaspora comorienne dans son ensemble et des binationaux en particulier.

Le premier coup de semonce est venu de la loi organique relative à l’élection du Président de l’Union des Comores. Celle-ci, en son article 7 portant sur les conditions d’éligibilité, dispose que « Si un candidat est titulaire d’une ou de plusieurs nationalités autre que la nationalité comorienne, il doit renoncer définitivement à sa ou ses autres nationalités étrangères ».

Cette loi est contestable à plusieurs égards.

En effet, cette disposition discriminatoire à l’égard de nombreux de nos concitoyens, est en contradiction avec les articles 2, 13 et 35 de la Constitution :

  • « L'Union des Comores reconnaît également l'égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de race, de sexe, de religion, de conviction politique, et assure la pleine jouissance des libertés fondamentales pour tous les citoyens » 
  • « L’Etat reconnaît l’inviolabilité des droits et des libertés consacrés dans la Constitution et garantir leur protection ».
  • Par ailleurs, l’article 32 précise que « Tous les citoyens ont le droit de participer à la vie politique, directement ou par l’intermédiaire de représentants élus librement ».

Ainsi, la restriction portée par cette nouvelle loi organique, stigmatise et viole les droits des binationaux. Elle laisse sous-entendre que les binationaux seraient moins patriotes ou indignes de confiance ou qu’ils n’ont pas leur place dans le secteur décisionnel.

En outre, il faut rappeler le fait que cette loi limite la participation démocratique dans le pays, en empêchant des citoyens qualifiés de se présenter à la présidence. Aurait-on l’idée saugrenue d’écarter de la sélection nationale des Cœlacanthes, ceux qui ne renonceraient pas à leur double nationalité ? Ne défendent-ils pas avec la même ferveur et le même patriotisme, le drapeau national ?

Si nous sommes tous égaux devant la loi, pourquoi cet ostracisme ? Insidieusement, une distinction est faite entre les Comoriens. Cette décision est certes symbolique, mais a un fort impact dans l’esprit de la diaspora. Allons-nous dire à nos enfants, nos petits-enfants et toutes ces générations multiculturelles, qu’ils n’ont pas leur place dans le pays de leurs ancêtres ?

Un second écueil sur la question des droits de la diaspora, porte sur l’effectivité de son droit de vote. Bien qu’une loi existe depuis 2005 et que la Constitution le prévoit, les citoyens comoriens résidents à l’étranger, n’ont toujours pas la possibilité de voter. Pourtant, les moyens et solutions logistiques et matérielles existent. Comment expliquer la réticence des pouvoirs successifs de rendre effectif le droit de vote des Comoriens de l’extérieur ?

Enfin, sur la question de la représentation nationale de la diaspora, la Constitution prévoit en son article 66, des élus à l’assemble de l’Union représentant les Comoriens établis hors des Comores. Un projet de loi, actuellement examiné à l’Assemblée nationale, accorde deux sièges, répartis comme suit : un siège pour les Comoriens résidents en Europe et un second pour ceux résidents aux Etats-Unis. Ce premier pas vers l’élection de députés de la diaspora est à saluer. Mais elle est à améliorer. Comment expliquer le choix d’un siège pour les Etats-Unis, territoire où la population comorienne est très peu présente, contrairement au continent africain où une diaspora importante réside notamment à Madagascar, Tanzanie, Sénégal, Maroc, Tunisie et en Égypte ?

Pour conclure, la diaspora aspire à exercer ses devoirs de citoyens comoriens. Soutenir et favoriser la cohésion nationale, c’est inclure toutes les composantes de la nation dans un projet collectif. Permettre aux filles et fils de la Nation de participer à la vie citoyenne et politique du pays, c’est contribuer à l’unité de notre pays. N’est-ce pas ici, le fondement de notre devise nationale ? Alors Mesdames et Messieurs, les représentants de la Nation, avant de voter les lois qui définissent ce que nous souhaitons être ensemble, n’oubliez pas notre triptyque : Unité, solidarité et développement.

 

Maliza Said SOILIH


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