Objet : Situation de crise à Mayotte Marseille le 16 mars 2016
Monsieur le Président,
La situation à Mayotte et l’actuelle mobilisation de la population mahoraise interpellent nombre de membres de la diaspora comorienne et moi-même.
En effet nous sommes affectées par les incidents qui se déroulent sur ce territoire. Nous souhaitons avant tout exprimer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui souffrent des conditions de vie difficiles dans l’archipel.
Naturellement, il ne saurait être question pour nous de stigmatiser une partie de la population contre une autre, ni de nous livrer à des critiques irresponsables des institutions. Nous tenons à vous faire part de notre inquiétude et de notre tristesse car certains problèmes cruciaux soulevés par la population mahoraise doivent impérativement être entendus, en particulier les questions portant sur l’accès à l’eau potable, l’insécurité et l’enseignement en état de catastrophe.
Nous sommes consternée d’apprendre que la potabilité de l’eau n’est toujours pas accessible sur ce département. Pour votre information, nous menons depuis plusieurs années, des actions, pour que l’adduction d’eau devienne une réalité pour tous les Comoriens y compris les Mahorais. Ainsi, à Marseille, nous avons animé divers ateliers, en 2012 avec le soutien d’Eau Bien Commun PACA lors du Forum Alternatif Mondial de l’Eau, en 2015 dans le cadre de la Grande rencontre Euro-méditerranéenne de Marseille sur l'eau (GREMME) et lors de la semaine de l’Énergie solidaire pour Électriciens Sans Frontières (ONG d’EDF). Nous n’imaginions pas que ce problème d’eau potable pût être aussi prégnant dans un département français et que l’école, lieu de l’éducation et de l’accès au savoir pût être sous équipée en établissements scolaires, ce constat est dramatique.
Monsieur le Président, la mise en service d’eau potable pour des questions d’hygiène et de santé et le renforcement de l’enseignement sont donc une urgence à traiter en priorité.
Concernant la violence insupportable, nous pensons bien sûr qu’il faut y mettre un terme, mais il convient également de ne pas assimiler les immigrants irréguliers avec certains délinquants. Certes, l’immigration doit être contrôlée, mais les mesures coercitives prises par les précédents gouvernements ont été coûteuses, et sans grande efficacité.
Née à la Réunion, Originaire de la Grande Comores, élue de la Métropole Aix-Marseille-Provence, adjointe au maire du huitième secteur de Marseille, et attachée aux valeurs de notre République, j’ai personnellement évoqué, dans un précédent courrier, en date du 4 juin 2017, auquel vous avez bien voulu répondre par l’intermédiaire de votre chef de cabinet, Monsieur LAUCH, les traversées périlleuses des kwassa-kwassas qui ont fait tant de victimes. Sachez, Monsieur le Président, que nombre d’entre nous s’activent pour sensibiliser les populations des trois autres iles afin de dénoncer les dangers qu’ils encourent.
Concernant les personnes en situation irrégulière sur l’île de Mayotte, vous n’êtes pas sans savoir qu’elles ont été pour la plupart surexploitées durant des années et qu’elles ne sont pas la première cause des difficultés que rencontre cette partie de notre région. Elles sont surtout les boucs-émissaires désignés de certains leaders ou dirigeants locaux et d’opportunistes nationaux sans scrupules, flagorneurs d’un électorat populiste, tel Laurent Wauquiez, venu pêcher dans l’Océan Indien des voix de l’Extrême Droite.
Les problèmes de Mayotte ont aussi des origines dans l’Union des Comores. C’est pourquoi il est nécessaire d’améliorer les conditions de vie de la plupart de ses habitants, en particulier des femmes qui sont encore trop souvent tenues à l’écart de l’éducation. Mais l’un des freins les plus importants est la corruption endémique, voire culturelle. Elle doit être combattue, dans l’Union des Comores comme à Mayotte, à tous les niveaux car elle est l’une des causes importantes de l’émigration trop souvent tragique qui perturbe l’ensemble de l’archipel. La départementalisation de Mayotte a créé une fracture aux résonances multiples dans les quatre îles. Il faut aujourd’hui traiter le problème laissé par ce passé avec fermeté, certes, mais aussi avec bienveillance.
Faire de Mayotte un département moderne en quelques décennies est un défi que nous devons relever. Cela implique que l’État fasse un effort particulier, en respectant ses engagements financiers, et en faisant en sorte que ses investissements tiennent compte des spécificités de l’île et favorisent en synergie le développement de l’ensemble des Comores.
Tout le monde sait que vous êtes sensible à la question des conséquences de la colonisation. Le passé commun de la France et des Comores donne à notre nation une responsabilité particulière vis-à-vis des Comoriens. La France a eu à cœur de maintenir des structures de dialogue. Il avait été établi que serait mis en place un cadre propice « à une circulation régulière des personnes en toute sécurité ». Qu’en est-il de ces dispositions ?
Vous le savez, Monsieur le Président, la diversité est une richesse pour la France et pour son rayonnement dans le monde. L’élue française à part entière que je suis, fière de ses racines, a toujours voulu renforcer l’amitié et la coopération entre la France et les Comores.
A cet effet, nous avons organisé, en 2013, le dernier Focus mis en place par le gouvernement comorien, via la banque centrale des Comores, le FMI… qui s’est tenu à Marseille, à la Villa Valmer, et sur Paris à la banque de France en présence de la BAD Banque Africaine de Développement. Mais pour mener le plus efficacement possible cette politique d’amitié et de coopération, la mobilisation de la diaspora franco-comorienne est indispensable notamment celle de Marseille et elle doit être associée à toutes les actions menées pour un développement économique dans le pays d’origine comme je l’avais indiqué lors de la synthèse de ce Focus et comme cela a été mentionné lors de la commission mixte qui s’est tenue à Moroni les 15 et 16 décembre 2017.
Les membres et acteurs agissant de cette diaspora, souhaitent mettre leur énergie au service du succès d’une telle politique qui, si elle est bien menée et si elle mobilise toutes les énergies disponibles, améliorera incontestablement le bien-être des populations et les échanges culturels et socioéconomiques entre la France et les Comores. Cela permettra de renforcer la sécurité des liaisons au sein de l’archipel des Comores dont l’île française de Mayotte est partie intégrante.
En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à cette lettre, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à notre très haute et très respectueuse considération.
Nouriati Djambae
Élue EELV (Europe écologie les Verts)
Adjointe au maire du 8ème secteur de Marseille
Chargée à l’emploi, au développement économique et numérique
Conseillère métropolitaine Aix-Marseille Provence
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