La Gazette

des Comores

Abou fut aussi un combattant de la liberté

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Abou fut aussi un combattant de la liberté © : HZK-LGDC

Le meilleur d'entre-nous vient de nous dire adieu. A 74 ans. Le meilleur car si j'en crois mes souvenirs, Aboubacar Salim était celui-là qui avait, en 1969 (j'étais en 5), au lycée de Moroni, obtenu le 1er prix de concours de nouvelle, de tous les élèves de l'Océan indien qui concouraient cette année-là: Comores, Madagascar, Maurice, Réunion et Seychelles.


Ce talent d'écrivain d'adolescent qui couvait chez mon ami, mon frère Abou, allait éclore plus tard dans toute sa splendeur. Nous l'avons tous vu, tous ressenti, tous entendu avec ses livres dont la plupart sont au programme scolaire aujourd'hui. Je veux parler de "Et la graine..." qui nous fait revivre l'historique grève des élèves comoriens de mars 1968... avant que les étudiants français n'aient la leur en mai de la même année. « Le bal des mercenaires » lui décrit la chape de plomb dont les nervis de l'immonde Bob Denard ont fait peser sur les Comoriens, surtout les démocrates qui essayaient de remettre en cause leur infâme hégémonie.

 

Mon frère Abou, qui était l'un des grands démocrates de ce pays fût bien sûr victime des mercenaires qui avaient pris notre pays en otage avec la complicité de certains caciques du régime de l'époque. Abou fut emprisonné au camp de Voidjou pendant longtemps et le récit du « Bal des mercenaires » nous fait vivre ce qu'ils ont vécu comme atrocité pendant cette période. Mais Abou n'était pas seulement romancier.

 

Abou avait l'âme d'un poète. Abou était un vrai poète, dans sa manière d'être, mais surtout dans ses écrits. Que ceux qui n'ont jamais lu « Mutsa mon amour » aillent goûter ce nectar ou qu'ils se précipitent pour humer « Crimailles et Nostalgie ». Abou était ce prof de lettres dont les connaissances, la sensibilité et l'aura faisaient l'admiration de tous ses élèves et le froncement de sourcils de certains collègues un tantinet jaloux.

 

Mais Abou n'était pas seulement un écrivain, il était aussi et surtout un combattant de la liberté. Il se battait pour ce peuple qui vit dans la misère depuis la colonisation française jusqu'alors où il est affamé, cloîtré, étouffé, asphyxié, humilié et privé de toute liberté. Nous avons tous lu les écrits de Abou, que ce soit dans les journaux ou dans des posts, ses prises de position claires et nettes contre l'ambassade de France lorsqu'il le jugeait nécessaire, ses billets contre le gouvernement lorsqu'un fait l'exigeait. Bref, Monsieur Aboubacar Said Salim était ce qu'on appelait il y a quelques siècles, un honnête homme, comme on n'en voit presque plus maintenant. Un homme dont la famille peut être très fière.

 

Que la tendre mère de ses enfants trouve ici l'expression de ma profonde douleur et mes sincères condoléances et que ses filles chéries - à commencer par Milza - et son fils sachent que le souvenir de leur père restera pour toujours chez les générations présentes et à venir. Le hadith disant que les meilleurs partent toujours trop tôt à raison : hier j'ai perdu mon frère Ali Mzé Hamadi, aujourd'hui je perds mon complice, mon double, mon autre frère Aboubacar Saïd Salim.

 

Ina lilah wa ina ilayhi radjioune. Qu'Allait lui réserve la meilleure couche. Alhamdulilah rabil anlamine..

 

Mohamed TOIHIRI.

Ce 04/09/2023

 


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