« Je ne pense pas comme vous, mais je me ferais tuer pour vous laisser le droit d’exprimer librement votre pensée » écrit voltaire dans CANDIDE
L’élection du président AZALI Assoumani à la présidence de l’Union des Comores, le mois de mai 2016 a été voulue par l’ex-président SAMBI, son parti politique (JUWA), ses Amis, ses sympathisants et nombreux parmi ses disciples (en particulier ceux qui ont répondu à son appel en faveur du candidat AZALI) ; comme une porte ouvrant sur l’espoir. Ces nombreux électeurs ont montré qu’ils aspirent à la paix, à la stabilité de nos institutions, au changement de nos conditions de vie et, si possible en prime à la démocratie, comme tous les autres peuples de la région de l’Océan Indien, d’Afrique et de tous les pays du monde.
Oui, mais une autre raison pourrait justifier la position de ces électeurs comoriens : ils avaient perdu la paix pendant la période séparatiste et avec elle la démocratie dont ils ont senti le délicieux fumet passer sous le nez. Cependant, les électeurs aspiraient aussi à retrouver avec le nouvel élu, le président AZALI, un Etat qui fonctionnera correctement qui leur donnera du travail, la santé, l’éducation, la justice, la sécurité, la bonne gouvernance au lieu de leur donner envie de se révolter contre les gouvernants actuels. Quelle chance, le président AZALI a-t-il de réaliser ces aspirations en se conformant à l’actuelle constitution ou à une nouvelle au cas où le oui l’emportera lors du référendum prochain prévu le 30 juillet 2018 ?
Avant de répondre à cette question, il importe de situer le scrutin du mois de mai 2016 : cette élection présidentielle réussie, a corrigé l’autre élection ratée de 2006 dont Monsieur IBRAHIM HALIDI, était le candidat désigné par la CRC à l‘époque. Ce rappel permet de poser deux questions :
- Suffit-il d’une élection réussie pour rendre possible ce qui ne l’était pas ?
- Est-ce sincèrement, l’actuelle constitution qui ne permet pas au président AZALI de s’atteler aux vrais maux qui rongent la société comorienne ? Si on observe de près l’action politique de l’équipe au pouvoir, ce n’est pas le temps qui fait défaut, c’est plutôt la volonté de changement et de lutte contre la corruption qui manquent sur leur feuille de route. Le bilan de deux ans d’exercice du pouvoir est mitigé ; plusieurs institutions républicaines sont suspendues. Aucun contre-pouvoir n’existe réellement aujourd’hui. Les partis de l’opposition sont priés de se taire au risque de payer cher leur agissement.
Il ne reste plus qu’ travers un grand Boulevard lors du référendum du 30 juillet 2018 où la majorité se portera automatiquement en faveur du oui comme la période du parti unique en Afrique
Ce qui fait défaut ce n’est pas la constitution, c’est la mauvaise gouvernance. Il ne peut y avoir de solution de rechange de notre constitution parce qu’il ne peut pas y avoir je ne sais quel rêve politique calqué sur un modèle cohérent tout en étant son contraire.
On ne remplace pas une constitution pour s’éterniser au pouvoir avec ses proches. A cela, osons dire non, dès maintenant. Dois-je rappeler que pendant le mois de mai 2016, les électeurs comoriens, avaient, par goût de l’ordre, donné le pouvoir moins à un homme qu’à un couple : AZALI et SAMBI. Le fils et le père. Le premier pour l’avenir, le second à cause du passé. Le premier pare qu’il a montré du caractère et du calme dans la tournante, après avoir « ramassé le pouvoir » lorsqu’il était à terre en Avril 1999.
Le second parce qu’il est un héros historique après avoir réussi à chasser les séparatistes Anjouanais du pouvoir et libérer par la même occasion l’ile, en mars 2008. Que le fils et le père (AZALI et SAMBI), continuent de régner et de gouverner ensemble, puisque leur couple rassure et stabilise le pays à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières. Mais, dès que le fils décide de se séparer du père, d’un coup, rompant le pacte non écrit que les comoriens venaient de conclure en mai 2016, il a fait reconnaitre l’inquiétude et les observateurs attentifs, tentent de comprendre pourquoi ?
L’Ex-président SAMBI, lors de son retour à Moroni, le samedi 12 mai 2018, à son domicile, à commencer de donner un début de réponse : « il n’est pas d’avis favorable à l’organisation de ce référendum constitutionnel ». Et c’est la goutte d’eau qui a fait déverser la vase. Le pouvoir a décidé par conséquent d’aller vite, trop vite même à tel point que la sensibilité est engagée plus que la réflexion ou le jugement, surtout dans cette approche décisive de l’électorat qui n’a pas le goût, le temps ou l’habitude de se consacrer à l’analyse. Cet homme, Ahmed SAMBI capable de séduire la foule : s’il lance un mot d’ordre contre le référendum du 30/07/2018, la population risque fort de le suivre et ce sera dommage pour le pouvoir.
Cette peur référentielle est la dernière arme dont Ahmed SAMBI puisse encore se servir. Je crois entendre sa voix, de nouveau son appel qu’il s’exprimera ainsi : référendum du 30 juillet 2018 ? Eh bien, non ! Ah : Non !
Quant au gouvernement, la consigne est, depuis le retour de l’ex-président SAMBI, fermeté, sévérité ;
Il oublie cette belle citation du philosophe ALAIN : « Penser c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort. Au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Réfléchir c’est nier ce que l’on croit comme vérité ».
Professeur Djaffar MMADI
Université des Comores
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