La Gazette

des Comores

30 juillet 2018, le référendum de tous les risques.

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30 juillet 2018, le référendum de tous les risques. © : HZK-LGDC

Lettre ouverte à Messieurs les présidents AZALI Assoumani et Ahmed ABDALLAH SAMBI.


Excellences Messieurs les présidents, si je vous écris, cette fois-ci, à l’un comme à l’autre, alors que tout naturellement, je n’avais écrit jusqu’alors que des articles de presse pour donner mon avis quant au projet du référendum du 30 juillet 2018, c’est avant tout parce que je ressens chaque jour de plus en plus, un climat malsain qui domine l’espace public sur l’ensemble du territoire comorien.

Personne n’est en mesure de prévoir ce que seront les conséquences, à moyen et à long terme de ce référendum constitutionnel, raison pour laquelle, je vous suggère tous les deux d’ouvrir une négociation entre vous deux d’abord et entre vos formations politiques par la suite.

Dois-je vous rappeler, Messieurs les présidents, qu’une négociation n’est jamais favorisée par un jeu permanent de non dits.

Chacun gagne à éclairer ses objectifs, à dire les limites qu’il ne peut franchir, de telle sorte que les problèmes réels apparaissent et puissent être traités à la population comorienne d’un conflit inutile, j’estime que cette négociation entre vous deux, excellences Messieurs les présidents, est plus que jamais nécessaire. Dans une telle négociation, il me semble que la franchise, la capacité de mettre clairement les cartes sur la table, peut-être un atout. Il n’y a pas de résolution du plus fort, ni du plus faible, ou celui qui peut se prévaloir des soutiens des couches populaires ; il s’agit pour vous deux, pour nous tous, de faire le nécessaire pour préserver la paix et la stabilité dans ces petites iles Comores, patrie de nos ancêtres que nous aimons tous.

Excellences, Messieurs les présidents !

Permettez-moi de vous rappeler qu’en février 2001 dans la ville de Fomboni il y a eu – ne l’oublions pas – une levée d’espoir après les accords signés dans la même ville à Mohéli : tout allait s’ouvrir ; chaque citoyen allait pouvoir apporter sa volonté, son engagement à œuvrer pour la paix, son talent, ses capacités à réconcilier les uns les autres, son dévouement au respect de nos valeurs républicaines, sa contribution au développement de la Nation Comorienne. Nous avions commencé, depuis bientôt vingt ans, à rêver d’une vie meilleur, d’un futur qui change et d’un lendemain qui chante. Hélas, depuis quelques mois, ce rêve est fissuré ; aujourd’hui tout est à rebâtir, la haine et la peur de l’autre ont envahi les consciences. Mais tout peut être atteint, rattrapé dès lors qu’une négociation, un dialogue est engagé entre vous deux, excellences, Messieurs les présidents oserais-je suggérer que les chefs d’Etat que vous êtes, finissent toujours par entrainer leurs adhérents et sympathisants, dès lors que votre adhésion à cette négociation sera connue par les uns et les autres ?

En politique, disait le général de Gaulle il y a des conflits où la négociation s’impose. Tel est les cas aujourd’hui concernant ce projet du référendum du 30 juillet 2018. Ayez le courage excellences, Messieurs les présidents, de définir l’étape finale pour pouvoir mieux organiser les étapes  intermédiaires afin que cette négociation ait lieu. Il y a urgence. Celui qui connait le but à atteindre marche d’un pas plus assuré.

 Au moment où j’écris ces quelques lignes, Radio France Internationale (RFI), annonce une rencontre tant attendue, entre d’une part, le président des USA, Monsieur TRUMP et d’autre part, le président, de la Corée du Nord, l’héritier communiste très bientôt au SINGAPOUR. Ces deux hommes, pour l’intérêt supérieur de leur pays respectif, ont décidé, après avoir chacun démontré sa capacité de frappe, tourner la page et amorcer un début de négociation. Alors, pourquoi ne pas faire pareil ?

 Ainsi pour finir, permettez-moi, excellences de vous dire en toute simplicité que les rappels et constats ci-dessus mentionnés n’auront rien appris à ceux qui connaissent la situation actuelle aux Comores. Néanmoins, j’ai estimé utile de les faire pour avoir la conscience tranquille en tant qu’intellectuel, en tant qu’un citoyen responsable.

Reste à espérer que les jours qui viennent nous apporteront de quoi nourrir l’espoir que la date du 30 juillet 2018 sera pour notre pays, celle  du retour à la raison.

 Veuillez accepter, excellences, Messieurs, les Présidents, l’expression de ma plus haute considération.

 

Professeur Djaffar MMADI, Université des Comores.

 


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