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des Comores

Nadjati Soidiki : « Nous sommes à plus de 80% de nos objectifs de création d’entreprise »

Nadjati Soidiki : « Nous sommes à plus de 80% de nos objectifs de création d’entreprise » © : HZK-LGDC

Entre bilan et perspectives des années à venir, Nadjati Soidiki, directrice générale de l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANPI) apporte des éclaircissements sur les 683 entreprises enregistrées par son institution. Elle a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores / HZK-Presse.


Question : Une année vient de s’écouler, quel bilan tirez-vous ?

Nadjati Soidiki : La mission confiée à l’ANPI implique de nombreux défis à relever, afin de permettre aux investisseurs et aux entreprises où qu’ils se trouvent d’être informés des opportunités offertes par le pays, de bénéficier de services d’accompagnement et enfin d’évoluer dans un environnement des affaires favorable. Tenant compte de cette triple mission, l’ANPI décline des objectifs annuels et pour 2022, nous nous étions fixés des indicateurs clés de performance. Nous ambitionnions de mener des campagnes de promotion de l’investissement visant un millier d’investisseurs, de générer à l’issue de ces opérations de prospection cinq grands projets d’investissement (ou de réinvestissement) direct étranger, de faciliter la formalisation de 800 entreprises, de formuler et faire adopter cinq réformes clés et enfin d’agréer 20 entreprises qui en contrepartie du bénéfice des avantages du Code des investissements s’engagent à créer 1500 emplois. Au 31 décembre 2022, nous sommes à plus de 80% de nos objectifs de création d’entreprises et tous les autres indicateurs sont atteints ou dépassés. Par ailleurs, comme nul n’est prophète en son pays, nous avons acquis des distinctions au niveau international qui témoignent de la reconnaissance de nos pairs sur notre faculté à promouvoir et mettre en œuvre de bonnes pratiques institutionnelles et également à déployer avec beaucoup de conviction et de volontarisme notre stratégie de promotion de l’investissement. Nous avons été élus à la Vice-Présidence du Réseau International des Agences Francophones de Promotion de l’Investissement et venons également d’accéder au Conseil d’Administration de l’Agence Régionale d’Investissement du COMESA. Le bilan est donc positif mais chacun le sait, les défis demeurent. Raison pour laquelle nos objectifs pour l’année à venir seront encore plus ambitieux et impliqueront plus que jamais l’engagement et le dévouement de tout le personnel de l’ANPI.

Question : Lors de son discours sur l’Etat de l’Union, le  chef de l’Etat a fait état d’une création de 683 entreprises et certains contestent ce chiffre, pourriez-vous nous apporter des éclaircissements sur ce sujet ?

N.S: Je commencerais par répondre que la critique, pour être audible, doit être au mieux constructive au moins justifiée. Des propos ici et là qui se contentent de scander qu’un chiffre est faux sans autre forme d’argumentaire ne sont que des allégations. J’informe ensuite tous ceux qui l’ignorent, que pour permettre aux entreprises nouvellement immatriculées de remplir leur obligation légale de publication, l’ANPI a pris l’initiative de faire publier la liste des entreprises créées chaque premier jeudi du mois dans les pages de vos confrères du journal Al-watwan. Chaque mois, apparaissent notamment leurs noms, l’objet social, la localisation et le numéro d’immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier des entreprises comoriennes nouvellement formalisées. Les personnes intéressées pourront donc faire le minutieux décompte des entreprises publiées mensuellement. Dès janvier 2023, ces listes seront consultables en ligne. Je me permets également de rappeler ici qu’aux Comores, les entreprises exercent traditionnellement dans les secteurs de l’agriculture et du commerce, propices aux activités informelles et de subsistance. Il y a donc une double nécessité de soutenir la formalisation et la modernisation de ces secteurs mais aussi d’accompagner le développement de projets dans les secteurs productifs.

 

Nous nous devons donc de saluer le fait que si l’on constate que le secteur du commerce reste prédominant, la proportion des entreprises commerciales est en baisse (38% en 2022 contre 44% en 2021). Cette tendance est au profit d’une hausse des activités productives des secteurs agricoles et industriels (23% en 2022 contre 14% en 2021).

Question : Beaucoup reste à faire ?

N.S. Alors oui, il est évident que beaucoup de chemin reste à faire pour le développement d’un secteur privé fort et au profit du plein emploi, mais cela passera nécessairement par un certain nombre d’étapes, notamment la création et la structuration d’un tissu de micros, petites et moyennes entreprises qui sont par ailleurs la base et le cœur de toutes les économies du monde. Enfin, je me permets de conclure en disant que je trouve très méprisantes les campagnes de discrédit voire de moqueries ciblant nos petits commerces, à l’endroit desquels nous adressons toute notre considération. Aujourd’hui 46% des entreprises créées sont effectivement des sociétés unipersonnelles ou des entreprises individuelles. Nous n’avons pas à en rougir. Nous savons que ce sont les petites entreprises d’aujourd’hui qui feront les grandes entreprises de demain. Nous avons donc plutôt à agir en faveur de leur développement.

Question : Qu’entend-on par entreprise ?

N.S: Lorsque nous parlons d’ « entreprise », nous visons les unités économiques juridiquement autonomes dont la fonction principale est de fournir des biens et des services pour le marché comorien. Nous y incluons les sociétés commerciales mais également les entreprises individuelles (personnes physiques et auto-entreprenant).

Question : Beaucoup d’entreprises sont crées juste pour bénéficier des subventions et le lendemain, certaines d’entre-elles disparaissent. Y-a-t-il une enquête de moralité avant d’octroyer l’agrément ?

N.S: Une fois encore, il faudrait être en mesure d’étayer ces allégations. Les entreprises que nous agréons sont accompagnées pour des durées allant de cinq à quinze ans et font l’objet d’un suivi rapproché pendant cette période et même parfois après. Les exonérations dont elles bénéficient sur toute la période sont conditionnées à un certain nombre de contreparties et d’exigences qui rendent complexes le bénéficie d’agréments de complaisance. Quant aux subventions, il faudrait d’abord rappeler qu’une large partie d’entre elles exigent que l’entreprise, pour être éligible, existe depuis plus de trois ans. C’est le cas des subventions accordées à travers les récents appels à projets financés par des fonds AFD et UE, et une partie des fonds de contrepartie de la Banque Mondiale à travers le projet PIDC. Des fonds d’amorçage, de montants plus faibles, sont également accordés à de jeunes porteurs de projets. Mais toutes ces subventions sont assorties d’un accompagnement technique dans le cadre duquel un plan de décaissement est établi. Seuls les projets qui justifient d’une mise en œuvre effective sont à terme financés. Il n’y a évidemment pas de risque zéro, mais les garde-fous sont instaurés

Question : Un dernier mot ?

N.S: Que 2023 soit une année qui nous conduise un peu plus vers la prospérité de nos îles, une année de défis relevés avec un seul objectif à la clé : le bien-être de toutes les comoriennes et de tous les comoriens.

 

Propos recueillis par Andjouza Abouheir


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