La Gazette

des Comores

Chamsoudine Ahmed : « Cette première initiative répond à la volonté de mettre un cadre de concertation permanent entre le public et le privé »

Chamsoudine Ahmed : « Cette première initiative répond à la volonté de mettre un cadre de concertation permanent entre le public et le privé » © : HZK-LGDC

A la tête de l’UCCIA depuis plusieurs mois, Chamssoudine Ahmed ne cesse de multiplier les initiatives pour contribuer au développement du pays. Dans cette interview, le gérant des établissements Nassib a parlé du premier forum du secteur privé et de la diaspora organisé à Paris mais aussi de l’adhésion des Comores à l’OMC et du coût de la vie des comoriens.


Question : La société Telma a organisé le forum du secteur privé et de la diaspora. Qu’avez-vous tiré de meilleur dans cet évènement ?

Chamsoudine Ahmed : Le forum a vu la participation de beaucoup d’entreprises comoriennes venant de Moroni mais aussi des entreprises et des associations basées en France. L’évènement a été rehaussé par la participation active du député français d’origine comorienne Said Ahamada que je remercie. Au cours de ce forum, les différentes sociétés sponsors et les partenaires tels que l’ANPI et l’UCCIA ont tous fait le plaidoyer de leurs produits et services et des opportunités d’investissement à destination et ou d’origine de la diaspora. C’est ainsi que Telma a présenté l’outil de transfert de monnaie électronique (MVOLA) entre la France et les Comores, le groupe AFG (Bic et Assurance) a fait la promotion de l’assurance santé rapatriement ainsi que l’ouverture de compte bancaire pour la diaspora. AB Aviation a fait part du projet de mise en place à partir du deuxième trimestre 2022 d’une ligne aérienne directe Paris – Moroni – Paris. L’ANPI a fait une présentation des opportunités d’investissement et des outils de promotion en faveur de la création d’entreprise.

Par ailleurs la direction de l’artisanat y a installé un stand pour faire la promotion du « Made in Comores » en exposant des produits locaux et transformés. Le forum a été une occasion exceptionnelle pour l’UCCIA de faire un focus sur les opérateurs économiques et l’expertise diverse de la diaspora. C’est ainsi que nous avons montré la disponibilité du réseau consulaire à travailler avec les potentialités économiques, sociales et culturelles de la diaspora.

Les différents contacts, échanges et prospection avec les institutions et structures de promotion économique et commerciales telles que les chambres de commerce de Paris, de Marseille et la chambre franco arabe ont permis de discuter et échanger autour des axes de coopération économique, notamment le montage de projets communs entre chambres de commerce, le partage d’expérience et le savoir–faire (know how) propre aux réseaux des chambres et des entreprises membres. L’UCCIA souhaite en effet fédérer les hommes d’affaires comoriens et français au travers de la Chambre franco-comorienne, qui devra être logé au sein de la Chambre de Commerce de Marseille. C’est un outil efficace de promotion de développement des relations commerciales, industrielles.

Question : Les Comores sont dans la dernière ligne droite l’adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le pays est-il obligé d’adhérer à cette organisation internationale ?

C.A : Les Comores ne sont pas obligées d'adhérer à l’OMC.  Et encore !  Comme elles n'ont pas été obligées pour les Nations Unies et ses agences opérationnelles. C'est un choix politique mainte fois réitéré par les hautes autorités du pays et dicté par les intérêts attendus pour le pays. Petit pays insulaire faisant partie des PMA, dont l’économie est fortement extravertie et entre autre dont la production, les transports et la distribution engendrent des surcouts grevant lourdement ses échanges commerciaux, notre pays ne peut et ne doit pas rester en marge de la dynamique de la globalisation de l’économie mondiale. Etre partie prenante du système commercial multilatéral qui régit plus de 95% des échanges mondiaux, l’adhésion à l’OMC s’impose comme un levier important de la politique commerciale de promotion des exportations et de soutien à l’amélioration de la compétitivité de nos produits traditionnels qui va ainsi engendrer une politique de diversification ciblée sur des créneaux dans lesquels le pays parait avoir un avantage comparatif

Question : Que va nous rapporter cette adhésion sur le plan économique ?

C.A : L’OMC est l’institution internationale, ayant son siège à Genève en Suisse, qui s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Au cœur de l'Organisation se trouvent les Accords de l'OMC, négociés et signés par la majeure partie des puissances commerciales du monde et ratifiés par leurs parlements. Sa principale fonction est de favoriser autant que possible la bonne marche, la prévisibilité et la liberté des échanges entre les pays. Le but est de garantir aux producteurs de marchandises et de services un accès ouvert aux marchés étrangers et que les consommateurs savent qu’ils peuvent bénéficier d’un approvisionnement sûr et d’un choix de produits finis, de composants, de matières premières et de services plus large. Cela permet l’instauration d’un monde économique plus prospère, plus pacifique et plus responsable. Et pour que cela soit possible, le pays doit disposer des compétences, en matière de renforcement de capacités pouvant contribuer à tirer notre épingle du jeu.

Question : Des juristes disent que les Comores peuvent entrer à l’OMC mais en imposant leurs propres règles. Approuvez-vous cela ?

C.A : L'OMC fonctionne sur la base de règles à l'instar des autres organisations internationales. Quand on aspire à y adhérer c'est être prêt à respecter les règles préétablies et faisant l'objet d'accords spécifiques farouchement négociés entre les parties. C'est en quelque sorte un club dans lequel il faut payer son ticket en négociant tant au plan bilatéral (avec les pays qui ont des relations avec nous pour obtenir des concessions en termes d'accès au marché) et multilatéral (avec l'organisation en tant que telle et les autres organisations membres tel que l’UE) pour s'assurer que vous avez pleinement connaissance des règles communes contenues dans des accords spécifiques et que vous êtes prêts à vous conformer moyennant des réformes éventuelles)

C’est ainsi que dans les négociations en cours avec les USA, dans le cadre de notre admission à l’OMC et pour bénéficier à l’accès au marché américain pour nos produits dans le cadre de l’initiative AGOA, l’Union des Comores devra fournir entre autres exigences, les éléments de preuve de sa volonté de démanteler certains impôts, taxes et droits intérieurs perçus au cordon douanier tels que la RAU, la redevance des CCIA, la patente d’importation (PI), l’Avance sur impôt (AI) et les contributions et redevance aux organisations internationales etc. considérés comme des barrières défavorable au commerce.

Question : Le secteur privé a beaucoup plus été exclu dans l’élaboration du Budget de l’Etat. L’atelier d’inclusion tenu par le ministre avec le secteur privé est-il un processus positif pouvant aider le secteur ?

C.A : Le ministre des finances a convié à la Chambre de Commerce et l’ensemble des organisations des opérateurs économiques du secteur privé et de la société civile à une séance de sensibilisation sur les principes généraux et le processus d’élaboration de la loi de finances de l’Etat ainsi que la présentation des grandes lignes du projet de budget 2022 présenté aux députés. Cette première initiative prise par le ministre, répond à la volonté de mettre un cadre de concertation permanent entre le public et le privé acté par le chef de l’Etat dans le dialogue et partenariat public-privé. Faisant sienne le principe que la loi doit tenir compte des avis et contributions de ceux à qui elle doit être appliquée, l’argentier de l’Etat compte élargir désormais les conférences budgétaires aux organisations du privé de la société civile. C’est l’objet de l’atelier d’inclusion organisé par le ministre et la direction générale du budget.  

Chaque année, le budget de l’état est élaboré et voté par les députés. La nouveauté c’est l’implication des partenaires privés et la société civile au même titre que les institutions publiques dans l’élaboration de la loi des Finances. Aussi bien dans l’établissement des hypothèses budgétaires et du cadrage macro-économique les opérateurs économiques et sociaux. Il faut dire que de nos jours, les gouvernements et les bailleurs de fonds reconnaissent de plus en plus que les citoyens et les organisations de la société civile (OSC) ont un rôle important à jouer pour veiller à ce que les ressources publiques atteignent leurs bénéficiaires.

Cette inclusion de la société civile renforce la redevabilité et la transparence, la lutte contre la corruption et le détournement des fonds publics et améliore la prestation des services publics. Etant donné que les acteurs économiques peuvent aider les législateurs à obtenir des informations importantes sur les besoins et les priorités du public et peuvent appuyer leur analyse des politiques et les hypothèses de travail incluses dans les propositions budgétaires de l'exécutif.

Cette question d’inclusion plaide en faveur d’une participation accrue et souligne l’importance du rôle des opérateurs économiques et des organisations de la société civile dans la participation de la création de richesse du pays et dans la promotion de la transparence et, de la responsabilité au niveau national.

Question : Les commerçants ne cessent de lancer des mouvements de grève, le cout de la vie est devenu cher. Quel rôle doit jouer l’UCCIA ?

C.A : Face à la pénurie et la flambée des prix des produits de consommation courante les protestations et revendications de la population se sont multipliées. Les critiques et récriminations à l’endroit des commerçants et des opérateurs économiques aussi bien de la part des autorités publiques que des consommateurs ont atteint des proportions telles que l’UCCIA et les réseaux des CCIs se sont mobilisés aux fins de trouver des solutions idoines à la crise. Nous avons fait plusieurs notes aux autorités pour conseiller, apporter des éclairages et recommander des pistes de solutions pouvant faire face et endiguer la crise d’approvisionnement. Tout en soutenant la lutte contre les manœuvres de spéculation et de pratiques anti concurrentielles de quelques opérateurs évoluant dans le secteur informel, nous avons dénoncé et protesté avec les organisations professionnelles contre les mesures arbitraires et du fait accompli de certaines administrations contre les commerçants. Nous avons contribué à sensibiliser les autorités à mettre en place des mesures de soutien tel que le fonds de garantie de 5,5 milliards de FC en faveur des importateurs de produits de première nécessité. 

Propos recueillis par AO Yazid

 


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