La Zifafa, chant traditionnel emblématique des Comores, est désormais inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Le certificat officiel de reconnaissance a été remis au président de l'Union des Comores, Azali Assoumani, dimanche 28 juin, à l'occasion du mariage traditionnel (anda namila) du ministre de l'Éducation nationale, Bacar Mvoulana, à Ntsaouéni, par Mohamed Soyir Bajrafil, ambassadeur des Comores auprès de l'UNESCO, et Pierre Maad Faye, ambassadeur du Sénégal auprès de l'UNESCO et membre du Comité du patrimoine mondial.
Cette inscription constitue une reconnaissance internationale d'une tradition profondément ancrée dans la culture comorienne. Indissociable des mariages traditionnels anda namila et mdhoihiricho, la Zifafa accompagne le cortège nuptial jusqu'au domicile de la mariée dans une ambiance rythmée par les chants, les danses et les instruments traditionnels. Le choix de cette cérémonie, célébrée à Ntsaouéni, pour remettre officiellement le certificat a illustré le caractère vivant et authentique de cette pratique culturelle. Au-delà de cette distinction, la mission conjointe de l'UNESCO et de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH) ouvre de nouvelles perspectives pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel de l'archipel.
La Zifafa est un chant collectif exécuté lors du déplacement du cortège entre les maisons des deux familles. Notables, femmes, enfants et musiciens participent à cette procession où résonnent des chants porteurs de bénédictions, de paix, de bonheur et de prospérité. Les paroles célèbrent les deux familles et accompagnent symboliquement l'union des époux.
Pratiquée de génération en génération, cette tradition vivante rejoint désormais le patrimoine culturel immatériel reconnu à l'échelle mondiale, consacrant ainsi une expression culturelle qui demeure au cœur des cérémonies matrimoniales comoriennes. En marge de la remise du certificat, Mohamed Bajrafil a présenté les objectifs de la mission conduite par l'UNESCO et ALIPH aux Comores. « Yivick Roben et son collègue vont accompagner le pays sur les métiers manuels et les savoir-faire liés au patrimoine. L'objectif est d'améliorer, de conserver et de sauvegarder ce qui doit l'être », a-t-il expliqué. L'ambassadeur a également invité la jeunesse comorienne à s'engager dans cette dynamique. « J'invite les jeunes à tirer parti de l'expertise de ces spécialistes. Nous allons ouvrir soixante-six métiers différents dans les domaines de la conservation, de la restauration et de la médiation culturelle », a-t-il annoncé.
Selon lui, cette initiative contribuera également au développement économique du pays. « Nous allons mettre en place des infrastructures d'accueil, notamment des hôtels. Ces investissements favoriseront le développement touristique et créeront une véritable économie autour du patrimoine culturel dans l'archipel », a-t-il ajouté. Les actions envisagées s'inscrivent dans une stratégie globale de préservation et de valorisation du patrimoine comorien. Elles visent notamment à développer les compétences nationales, renforcer l'attractivité touristique et créer de nouvelles opportunités d'emploi autour des métiers du patrimoine. De son côté, Pierre Maad Faye, ambassadeur du Sénégal auprès de l'UNESCO et membre du Comité du patrimoine mondial, s'est félicité de cette inscription. « La Zifafa est un chant de lien social, transmis dans le mouvement entre les familles. Le Comité a reconnu cette capacité de la communauté à préserver et transmettre cette pratique. Le Sénégal se réjouit de cette reconnaissance pour les Comores », a-t-il déclaré.
Avec cette inscription, les Comores franchissent une étape importante dans la reconnaissance de leur richesse culturelle. Au-delà du symbole, ce classement appelle désormais à renforcer la documentation, la transmission aux jeunes générations et la formation aux métiers de la conservation afin de préserver durablement ce patrimoine vivant. L'accompagnement technique annoncé par l'UNESCO et ALIPH devrait contribuer à donner aux acteurs comoriens les moyens de protéger et de valoriser l'ensemble du patrimoine culturel national.
El-Aniou Fatima
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