La Gazette

des Comores

Nawal fait dialoguer taarab comorien et afro-jazz

Nawal fait dialoguer taarab comorien et afro-jazz © : HZK-LGDC

Grande figure des musiques de l'océan Indien, Nawal dévoile “Afro Jazz Taarab Project ”, son cinquième album enregistré à Zanzibar. Onze titres où instruments traditionnels et écriture afro-jazz insufflent un nouveau souffle au taarab comorien. À quelques mois de le présenter au Festival des Possibles à Mohéli, elle confie dans cette interview à La Gazette des Comores, pourquoi Zanzibar s'est imposé comme lieu de résonance, et comment ses textes prônent le respect, l'unité et l'éveil pour faire circuler les traditions de l'océan Indien.


Question : Pourquoi avez-vous choisi de mélanger le jazz avec le taarab traditionnel des Comores ?

 

Nawal : J'aime, comme une alchimiste, créer de nouveaux sons et de nouveaux styles. C'est ainsi que je compose depuis toujours : je pars des rythmes traditionnels des Comores que je mêle à d'autres influences pour inventer une musique nouvelle. Le taarab est une musique très proche de la musique classique dans sa richesse harmonique et sa sophistication. Il m'a donc semblé naturel de lui apporter cette couleur particulière, en le faisant dialoguer avec les sonorités et la liberté du jazz.

 

Question : Comment s'articule la rencontre technique et esthétique entre l'écriture afro-jazz et les codes traditionnels du taarab comorien dans votre opus Afro Jazz Taarab Project ?

 

Nawal : Cette rencontre s'articule d'abord autour de la liberté de l'improvisation, qui est au cœur du jazz. Elle s'exprime aussi dans le travail rythmique : la manière de placer les accents sur la caisse claire, le jeu des bongos et, plus largement, l'approche de la batterie. Le clavier apporte également des couleurs harmoniques inhabituelles dans le taarab classique des Comores et, plus largement, dans celui d'Afrique de l'Est. Enfin, sur certains titres comme Uwade ou Pole Pole (Ouvrons le chemin), ma façon de chanter s'autorise davantage de liberté, avec un phrasé inspiré du jazz. L'écriture des chœurs participe aussi à cette fusion : ils sont pensés comme une véritable section de cuivres d'un ensemble afro-jazz, avec des harmonisations riches et travaillées, tout en restant au service de l'esthétique du taarab.

 

Question : Comment s'est passée la rencontre en studio entre les musiciens traditionnels et les musiciens de jazz ?

 

Nawal : Elle s'est faite de manière très naturelle. Avant même d'arriver à Zanzibar, j'avais demandé à mon ami Matona de réunir des musiciens capables d'évoluer à la fois dans le taarab et dans le jazz. J'ai composé les chansons en amont et je les leur ai envoyées afin qu'ils puissent les travailler. Ensuite, nous avons consacré une semaine entière aux répétitions pour construire ensemble les arrangements. J'ai laissé une grande liberté aux musiciens, tout en veillant à conserver ce qui correspondait à ma vision artistique.

À l'exception du percussionniste oriental et du joueur de qanûn, dont les rôles restent profondément ancrés dans la tradition, les autres musiciens évoluent dans cette liberté propre au jazz. Un jazz qui s'éloigne volontairement de la virtuosité démonstrative afin de ne pas dénaturer l'essence du taarab.

 

Question : Le spectacle va changer et évoluer au fil de vos prochaines résidences. Pourquoi refusez-vous d'avoir un concert figé ?

 

Nawal : Parce que je souhaite préserver cette liberté propre au jazz et laisser une place à l'improvisation. Je veux que cette musique reste vivante et qu'elle évolue au gré des rencontres, des lieux et des artistes qui la portent.

 

Question : En octobre, vous allez jouer cet album pour la première fois à Mohéli. Que ressentez-vous à l'idée de présenter ce projet chez vous, aux Comores ?

 

Nawal : Je suis très fière d'inviter ces musiciens et musiciennes dans mon pays de naissance, les Comores. Ce sera la première fois que nous interpréterons cet album sur scène, alors qu'il est déjà disponible dans le monde entier. Le Festival des Possibles, à Mohéli, est un projet qui contribue notamment au développement d'un tourisme culturel. J'espère donner envie à toutes celles et ceux qui ont découvert l'album de venir vivre cette expérience en concert. Je reste à votre disposition pour parler plus en détail du festival prévu du 16 au 24 octobre prochain à Nioumachoua, Mohéli. Save the date !

 

Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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