La Gazette

des Comores

Le procureur général face à la mort

Le procureur général face à la mort © : HZK-LGDC

Décidément, c'est l'heure de la rentrée littéraire aux Comores, et c'est pas pour déplaire à la rédaction de La Gazette des Comores au contraire. Les sorties de livres sont à profusion. Des journalistes aux hommes politiques en passant par les magistrats, tous y passent. Cette fois, c'est le Procureur Général de passer au crible de la rédaction.


A l'instar de la grande muette "l'armée" qui cultive l'art de la discrétion, les magistrats sont tout aussi des adeptes du camouflage. C'est pourquoi "ma vie et ma mort racontées à mes enfants" du Procureur Général Mohamed Soilihi Djae (MSD) semble rompre avec cette tradition de "camouflage" qu'on attribue à tort ou à raison aux hommes en robe noire. Toujours est-il que le procureur Djae a brisé le silence pour nous emmener à travers une écriture simple et facilement compréhensible de sa vie mais aussi de la mort qu'il a côtoyé et pas qu'une fois. A 3 ans, écrit-il : « J'ai été brûlé par la flamme d'une bougie. C'était une brûlure au 3e degré », un accident qui lui a valu quelques mois à l'hôpital à Diego-Suarez, lieu de sa naissance un mois de juillet 1969. Le procureur, court-circuitera une deuxième fois avec la mort ou Azraël comme il l'écrit au moment des événements de Majunga en 1977.


Des événements que certains n'hésitent pas à assimiler à un crime contre l'humanité voire un génocide. Plus de 2000 comoriens furent massacrés à coup de machettes et autres gourdins après un différent qui a opposé une famille comorienne et une autre famille Betsirebaka l'une des 18 ethnies qui composent la grande île. Réfugié dans une caserne de pompiers avec sa mère et ne sont sauvés que par la grâce d'Allah. « Le Tout-puissant leur enlève le courage de pousser la porte », parlant de leurs bourreaux. Un écorché de la vie ce petit Djae troisième du nom. Plus récemment (2020) alors déjà procureur général, il a rencontré l'ange de la mort  alors qu'il était dans son lit d'hôpital admis après une fièvre qui frôlait les 40°C.

 

« J'avais une sensation de froid persistante alors que la température ambiante n'était pas si basse ». Après avoir fait des analyses, il s'est avéré que MSD souffrait d'une "pneumonie interstitielle bilatérale". On dirait que la mort et le procureur ont presque une relation charnelle sinon de bon voisinage. Alors qu'il est alité, l'ange de la mort lui aurait rendu visite et même « engagé un dialogue au cours duquel il s'est présenté » comme il le raconte à la page 125. Un dialogue au cours duquel la grande faucheuse lui aurait confié « T'inquiètes pas ce n'est pas  encore ton heure. C'est une simple une visite de courtoisie » concluait celui qu'on a l'habitude de dire qu'il n'a pas d'ami.


Un dialogue avec l'au-delà difficilement compréhensible pour le commun des mortels qui sont dans l'incapacité "de penser hors du cadre de l'espace et du temps" comme disait Pierre Lory dans (Eschatologie et Exégèse mystique) une étude parue dans les Cahiers de l'Islam en 2016. Au contraire des mystiques, adeptes du tasawwuf (soufisme), qui ont la capacité de se projeter dans une espace supra-rationnelle. C'est dans ce postulat qu'il faut poser à mon sens ce dialogue de MSD et Azraël, si l'on veut comprendre la dimension spirituelle de l'homme au moment de rentrer en relation par cette force venue de l'au-delà.

 

AS Badraoui

 


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