La Place Bichioni a accueilli lundi soir l’un des temps forts du Gombessa Festival 2026. Dix groupes de Kassuda originaires de Moroni, M'dé et Iconi se sont succédé jusqu’à l’aube devant un public nombreux. Inscrite dans la programmation officielle du festival, cette soirée a mis en lumière la vitalité d’un art oral qui continue de structurer la vie culturelle locale.
C’est à Iconi que le Festival a choisi de célébrer le Kassuda. Pour l'occasion, la Place Bichioni, site emblématique de la ville, a réuni dix formations venues de trois bassins de Ngazidja dont la capitale Moroni, M'dé et la ville hôte Iconi. De 20h30 jusqu’aux premières heures du matin, chants, percussions et reprises en chœur se sont enchaînés. Chaque groupe a présenté un répertoire mêlant pièces du patrimoine et compositions contemporaines. Le public, composé de familles, de notables et de jeunes, est resté mobilisé jusqu’au bout. Cette "Nuit des Kassuda" s’est inscrite directement dans l’ambition du Gombessa Festival, le but était de valoriser les expressions traditionnelles comoriennes et offrir aux artistes un cadre de diffusion à la hauteur de leur exigence artistique.
La programmation a permis de mesurer la diversité du Kassuda. Les troupes de Moroni ont proposé des textes ancrés dans l’actualité sociale, avec des rythmes soutenus et une scénographie épurée. Celles de M'dé ont privilégié les formes rurales, porteuses de proverbes, de récits historiques et de mémoires religieuses. Les groupes d’Iconi ont assuré l’ouverture et la clôture de la soirée. Fidèles à la tradition locale, religieuse et traditionnelle, ils ont mis en avant la rigueur du chant collectif et la place des aînés dans la conduite des prestations. En réunissant ces trois sensibilités sur une même scène, les organisateurs ont voulu rappeler que le Kassuda, loin d’être uniforme, se nourrit des spécificités locales tout en partageant une langue et des codes communs.
Au-delà de la performance, la soirée avait une portée pédagogique évidente. Sur chacune des dix scènes éphémères, les aînés étaient entourés de jeunes chanteurs et percussionnistes. La transmission s’opérait en direct : reprise des couplets, apprentissage des frappes, et respect des temps de silence. Plusieurs chefs de troupe ont insisté sur cet enjeu. Pour eux, le Gombessa Festival offre une tribune rare pour faire entendre le Kassuda hors des cérémonies familiales et pour susciter des vocations. Après l’ouverture officielle du 5 septembre à la Place Parendrarou et les phases éliminatoires des danses traditionnelles, la Nuit des Kassuda est venu confirmer la volonté du festival de faire du patrimoine immatériel un axe prioritaire.
Malgré l’heure tardive, la Place Bichioni n’a pas désempli. Les spectateurs sont venus en famille, munis de nattes et de chaises. Les abords de la place ont accueilli des vendeuses de restauration légère, contribuant à l’atmosphère conviviale. Les animateurs ont rappelé tout au long de la nuit les règles propres au Kassuda, à savoir l’écoute, la retenue, puis le respect de la parole. Le public a répondu présent. Entre deux prestations, les applaudissements mesurés et les "Allahou Akbar" ont ponctué les plus belles envolées. Plusieurs membres de la diaspora et visiteurs venus d’autres îles étaient également présents. Ils ont salué la qualité de l’organisation et la possibilité de voir réunis, en un même lieu, des styles et des générations différents.
Pour les porteurs du projet, comme le directeur artistique Ryadhuidine Idrisse, l’objectif était de sortir les arts traditionnels de la confidentialité pour leur donner une visibilité nationale et régionale. La présence de délégations étrangères depuis l’ouverture en est un autre signe. “Le Kassuda n’est pas qu’un chant. C’est un art de la parole, un outil de régulation sociale, un vecteur de mémoire. Il célèbre, il conseille, il critique, il unit” a témoigné un participant de la ville de M'dé sur place.
El-Aniou Fatima
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