La Gazette

des Comores

Djaraha, un film qui alerte sur les dérives sociales

Djaraha, un film qui alerte sur les dérives sociales © : HZK-LGDC

A l’Alliance française de Moroni, vendredi dernier, le public a accueilli une projection du film Djaraha, réalisé par Mouhakikoudine Ali de la maison de production Kom au Ciné. L’œuvre, inspirée de faits réels, plonge dans les méandres du deuil et des dérives qui peuvent en découler, à travers le destin de Loubna, une jeune femme confrontée à la perte brutale de son père. Confrontée à une réalité qu’elle n’a jamais connue, elle croise la route d’un réseau criminel qui exploite sa vulnérabilité et lui fait miroiter une vie de luxe et d’argent facile.


Après avoir visualisé le film, le réalisateur Mouhakikoudine Ali confie au public présent avoir puisé son inspiration pour Djaraha dans deux expériences marquantes. D’abord au Sénégal, il a été témoin du drame vécu par un compatriote ayant perdu un proche et sombré dans la déchéance pour tenter de noyer son chagrin, ensuite, il observe aujourd’hui une banalisation inquiétante de l’alcool et de la drogue chez les jeunes, un fléau qui touche désormais aussi les femmes. « Nous voulons dénoncer et alerter sur ces pratiques destructrices qui menacent l’essence même de la vie », explique-t-il.  Pour le réalisateur, le parcours de Djaraha n’a pas été sans obstacles.

Il évoque le manque de moyens techniques avec du matériel peu adapté au cinéma actuel, l’absence de soutien financier qui a limité certains choix de décors et de mise en scène, les difficultés de casting dans un contexte où la majorité des Comoriens au Sénégal sont étudiants, obligeant l’équipe à travailler avec des amateurs passionnés, ainsi que les contraintes de planning et de météo qui ont prolongé un tournage initialement prévu sur deux mois à plusieurs mois. « Le film montre comment une perte peut bouleverser une vie lorsqu’on perd ses repères. Mais il rappelle aussi que les choix faits dans la détresse peuvent nous entraîner vers une profonde perdition. Il invite à ne jamais laisser la douleur ou l’illusion de la réussite nous éloigner de notre véritable chemin », apporte des éléments de réponse aux questionnements du public.

Trois nouveaux films sont déjà en préparation, cette fois ils seront tournés aux Comores. Il ambitionne également de faire de Kom Au Ciné une structure de formation pour jeunes acteurs, afin de renforcer le réseau et contribuer à l’essor du cinéma africain. Quant à Djaraha qui n’est pas à sa première projection, il espère pouvoir lui donner une suite, à condition de réunir les moyens financiers nécessaires pour rassembler une équipe aujourd’hui dispersée.

Djaraha rappelle qu’il revient à chacun de garder la maîtrise de son souffle, les épreuves ne doivent pas devenir des accroche-cœurs, ni les mirages des séductions trompeuses. Celui qui sait écouter sa douleur sans s’y perdre. « Celui qui accepte la solitude comme une école intérieure, celui qui distingue la vraie lumière des reflets illusoires, trouvera toujours la voie qui lui appartient. » conclu-t-il.

Aticki Ahmed Ismael

 


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