La Gazette

des Comores

Culture : Seda « Mshe Mhaza » à Itsandra

Culture : Seda « Mshe Mhaza » à Itsandra © : HZK-LGDC

Dans la soirée du 12 juin, à Istandra, les murs du long couloir du Palais Royal de Gerezani se sont parés des œuvres de Seda Ibrahima Halifa. À l’occasion de l’ouverture de la 5ᵉ édition du Festival International des Arts des Comores (FIBO), organisé par Kam’Art Culture, l’artiste a présenté « Mshe Mhaza », une exposition qui transpose l’oralité comorienne en langage visuel. À travers des compositions aux teintes jaunes et rouges, réalisées en matière collée, elle donne forme aux récits, proverbes et traditions transmis de génération en génération. Entre anda na mila, danses traditionnelles et poésie en shingazidja, Istandra a célébré une culture vivante où la parole quitte le conte pour s’inscrire sur les murs.


 « Mshe Mhaza » puise son inspiration dans le système de croyances, l’oralité et les récits traditionnels comoriens. Le terme renvoie au conte et aux histoires transmises de génération en génération par la parole. Avec cette exposition, Seda Ibrahima Halifa a choisi de traduire cet héritage oral en peinture et en matière. Au Palais Royal de Gerezani, à Itsandra, le long couloir et les escaliers ont accueilli une foule venue découvrir ses œuvres. Femmes et hommes vêtus de tenues traditionnelles, mais aussi enfants, adolescents et adolescentes, ont pris part au vernissage. Peintre et plasticienne depuis 1997, Seda a présenté ses créations sous le thème « Mshe Mhaza », une invitation à redécouvrir la richesse du patrimoine oral comorien à travers l’art visuel. Sur le mur de gauche, les œuvres étaient exposées. Bannières verticales, matière épaisse, couleurs jaune et rouge dominantes, signes répétés, écritures shikomor intégrées.

Parmi elles, certaines retiennent le regard : une grande forme en bouteille brune sur fond jaune, avec des points blancs en haut comme des yeux, et des chiffres romains alignés en colonne rouge, le contenant du récit selon Seda. Plus loin, une silhouette brune en forme de poire enferme cinq carrés jaunes empilés, chacun marqué d’un signe différent : étoile, traits, grille, crochet. À droite, une colonne de petites mouches blanches traverse la composition, écho aux insectes messagers des contes comoriens. Ailleurs, une figure filiforme porte une tête assemblée de tissu et de métal, entourée d’écritures shikomor, en arabes et de petits éléments collés, fragments du quotidien entrés dans le mythe. Les hommes et les femmes portaient la tenue de grand mariage arborée lors du cortège où l’on accompagne le mari chez l’épouse. La culture était au rendez-vous au Palais de Gerezani la nuit du 12 juin dernier. Le peintre a souligné que ses œuvres viennent d’un réglage des ordres. Pour le peintre, les ordres sont de l’or : « comme le disait mon frère, dans les ordures il y a de l’or, et de l’or puissant », a-t-il affirmé, sous les applaudissements.

 

Dans sa déclaration, le plasticien a expliqué qu’il est difficile d’expliquer ses œuvres pour deux raisons majeures : d’abord, ce serait détruire son œuvre, et ensuite, il lui arrive de ne pas savoir lui-même les expliquer. Il a avoué que la création de ses œuvres lui vient souvent d’une image vue dehors, d’une figure humaine, d’une histoire, etc. La lumière était modérée, mais l’ambiance était au rendez-vous. Notables et jeunes hommes ont animé la foule à travers des danses traditionnelles, tandis que les femmes, vêtues de leurs plus beaux chiromanis et étincelles, ont apporté une touche supplémentaire d’élégance et de richesse culturelle à la célébration. Vers la fin de la soirée, un homme vêtu d’un kandou blanc et coiffé d’un kofia a interprété une poésie en shingazidja. Accompagné par les voix féminines, le poème a pris un rythme à la fois doux et émouvant.

Cette œuvre évoquait la mémoire de la révolte de 1915 en Grande Comore. Elle retraçait les épreuves vécues durant cette période coloniale. Un jeune garçon originaire d’Itsandra s’est approché d’une œuvre représentant le portrait d’une fillette, agrémentée d’inscriptions arabes. Fasciné, il a confié à l’artiste son souhait d’apprendre le métier de peintre. À ses côtés, son père lui tenait la main. Touché par cet intérêt précoce pour l’art, le peintre lui a promis, en présence de son père, de le contacter lorsqu’il sera à son atelier afin qu’il puisse venir le voir travailler. Rayonnant de joie, le jeune garçon a alors affiché un large sourire.

El-Aniou Fatima

 

 

 


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