Diffusé le dimanche 17 mai sur les réseaux sociaux, le portrait de Hikima Ahamada Soihib, réalisé par l’artiste comorien Saïd Ali Saïd, connu sous le pseudonyme Gims Art, originaire de Dembeni (Mbadjini Ouest), a suscité une vive émotion à travers le pays. Inspirée par l’assassinat tragique de la jeune femme en janvier 2025 à Mnoungou (Hamahamet), l’œuvre se veut à la fois un hommage poignant et un appel à la justice, à la sécurité et à la mobilisation de toute la société comorienne.
Le 31 janvier 2025, la disparition de Hikima Ahamada Soihib avait plongé le pays dans l’inquiétude. Son corps sera retrouvé le lendemain à Mnoungou, dans le Hamahamet, confirmant l’issue tragique de cette affaire. Très vite, l’émotion laisse place à une onde de choc nationale. Le 21 juillet 2025, la cour d’assises de Moroni condamne le principal accusé, Nassurdine Ahamada, alias « Micro », à la peine capitale. Une décision forte, mais qui ne parvient pas à effacer la douleur ni à apaiser les consciences. Face à cette tragédie, l’artiste Saïd Ali Saïd fait le choix de l’expression artistique plutôt que du silence. « Le choc et le sentiment d’injustice m’ont profondément marqué. En tant qu’artiste, il m’était impossible de rester indifférent », explique-t-il. Son objectif est d’éviter l’oubli. À travers ce portrait, il entend graver le visage de Hikima dans la mémoire collective, au-delà du simple fait divers.
« C’est une manière de lui redonner une présence et une dignité », confie-t-il. L’œuvre dépasse le cadre artistique pour porter une double dimension. Elle rend d’abord un hommage respectueux à une jeune femme arrachée à la vie. Mais elle se veut également un cri d’alerte. « Plus jamais ça », martèle l’artiste à travers son travail. Le portrait interpelle sur la question de la sécurité, notamment celle des femmes et des travailleurs exposés dans l’exercice de leurs fonctions. Il appelle à une prise de conscience collective face à la montée de la violence. La réalisation du portrait s’est étendue sur quatre mois, un processus long et exigeant. Saïd Ali a opté pour une technique de hachures au stylo bic bleu, travaillant minutieusement les détails du visage et l’intensité du regard. « Chaque trait était chargé d’émotion », raconte-t-il.
Entre tristesse et colère, l’artiste dit avoir ressenti une responsabilité particulière, celle de restituer la douceur du regard de Hikima tout en honorant la douleur de sa famille et de ses proches. Depuis sa diffusion, le portrait a largement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions nombreuses et émouvantes. Messages de soutien, témoignages de solidarité, appels à la justice. L’œuvre a trouvé un écho profond auprès de la population. Pour beaucoup, ce dessin dépasse sa dimension esthétique. Il devient un symbole, celui d’une mémoire collective qui refuse de s’éteindre et d’une société qui aspire à plus de justice.
Au-delà de l’hommage, l’artiste revendique le rôle de l’art comme outil de sensibilisation. « L’art touche là où les mots échouent parfois. Il peut éveiller les consciences et pousser à l’action », affirme-t-il. Dans un contexte où les actes de violence suscitent inquiétude et indignation, cette œuvre rappelle la nécessité d’une mobilisation à tous les niveaux citoyens comme autorités pour prévenir de tels drames. Si Hikima Ahamada Soihib n’est plus, son visage, lui, demeure. À travers ce portrait, il devient le symbole d’une exigence partagée, celle de justice, de sécurité et de paix pour la jeunesse comorienne.
Mohamed Ali Nasra
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