C'est un métier rare. Très rare dans l'archipel. Ben Ali Djamaldine Toybou, a finalement troqué le costume contre le nez rouge pour devenir clown, parcourant les Comores et au-delà pour transmettre le rire, notamment aux enfants.
Rien ne le prédestinait à ce nez rouge. Ben Ali Djamaldine Toybou est diplômé de baccalauréat, d’une licence en marketing et communication, puis d’un master en ingénierie commerciale. Il avait toutes les cartes en main pour une carrière confortable dans un bureau climatisé. Il a choisi la scène. Tout commence à Singani, sa ville natale, où il est formé par des artistes lyonnais venus aux Comores dans le cadre d’ateliers de formation. Il enchaîne ensuite plusieurs formations en théâtre et en art clownesque. Mais l'artiste doute encore. Pendant longtemps, il refuse de monter sur scène. « Mes formateurs m'ont longuement sollicité pour monter sur scène. Après plusieurs refus, j'ai fini par accepter », se souvient-il.
Depuis, il ne s'arrête plus. Il se produit à Ngazidja, Mohéli, Anjouan et Mayotte. Quatre îles, quatre publics, une même mission : apporter le rire. « On me sollicite souvent pour les anniversaires, les associations de sensibilisation ou encore les fêtes de fin d'année dans les écoles. Des projets et des institutions, comme l'Alliance Française, font également appel à moi », confie-t-il. Son parcours dépasse désormais les frontières de l'archipel. Il s'est également produit à Madagascar et au Congo, avec une conviction renforcée : le clown n'a pas de frontière. Pourtant, son plus beau rôle ne se joue pas sous les projecteurs. Il mène également des actions sociales auprès des enfants malades. Dans les hôpitaux et les centres où le sourire se fait plus rare, il intervient sans décor ni micro, simplement avec son corps et son cœur. Pour lui, l'envie de faire découvrir l'univers du clown aux enfants constitue l'un de ses principaux moteurs.
Son style le distingue. C'est un clown qui parle peu et privilégie l'expression corporelle. « Je parle peu. Je mise beaucoup sur les gestes et les actes, sur le langage corporel », explique-t-il. Un langage universel qui lui permet de se produire partout, y compris lorsque la barrière de la langue peut compliquer les échanges. « Je joue beaucoup plus dans les villes éloignées de la capitale », précise-t-il. Son moteur reste simple et profondément humain : « Je me force à faire plaisir et à faire rire les enfants. Les voir sourire, ça me fait plaisir », souligne-t-il. Malgré une certaine notoriété, Ben Ali Djamaldine reste humble. Il ne garde pas son savoir-faire pour lui. Il dispense également des formations en théâtre et accompagne les jeunes qui souhaitent découvrir cet univers. Il transmet, initie et forme avec la patience de celui qui sait que cet art s'apprend aussi par l'expérience.
Le 19 septembre 2016 reste une date importante dans son parcours. Ce jour-là, il présente son premier véritable spectacle à l'Alliance Française. Dans la salle, une surprise de taille l'attend : sa mère est venue le soutenir sans le prévenir. « C'était une joie immense et une surprise à la fois, car je ne savais pas qu'elle allait m'accompagner », raconte-t-il, encore ému. Le soutien familial s'installe progressivement. « Mes frères et sœurs me soutiennent et m'offrent même des accessoires pour mes spectacles », raconte-t-il. Son père, en revanche, mettra davantage de temps à accepter ce choix professionnel atypique. Il faudra attendre 2017. Cette année-là, Ben Ali Djamaldine remporte un prix et termine premier au niveau international au concours Jeunes Talents de la Francophonie. Une consécration qui contribue à faire évoluer le regard de son père. « En 2017, mon père a accepté après que j'ai gagné un prix et que je sois sorti premier à l'international dans Jeunes Talents Francophonie », témoigne-t-il.
Aujourd'hui, de nouveaux projets se dessinent. « Dans l'avenir, c'est une chance pour moi. Des projets sont validés, notamment mon contrat à Mayotte. Ce n'est pas évident », explique-t-il. Mais son ambition dépasse les contrats et les scènes à l'étranger. Son rêve est double : devenir un clown de dimension internationale et faire venir des clowns aux Comores. Il souhaite notamment créer un centre ou une résidence où les enfants pourraient, à leur tour, découvrir et pratiquer cet art. De Singani à l'international, Ben Ali Djamaldine Toybou a choisi de faire du rire un métier et de la scène un espace de transmission. Un parcours atypique, guidé par une ambition simple : faire sourire et ouvrir la voie aux générations futures.
El-Aniou Fatima
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