La Gazette

des Comores

Baboulamana, un héritage culturel transmis de génération en génération

Baboulamana, un héritage culturel transmis de génération en génération © : HZK-LGDC

Créée en 1980 à Salamani, l’Association Folklorique Baboulamana fait partie des plus anciennes formations culturelles de Mohéli. Depuis plus de quatre décennies, elle s’attache à préserver chants, danses et traditions locales. De la troisième à la septième génération, ses membres revendiquent une mission : faire vivre un patrimoine menacé par la disparition des pionniers, le vieillissement des anciens et l’évolution des pratiques culturelles.


À Mohéli, certaines histoires se racontent autant qu’elles se chantent et se dansent. Celle de Baboulamana en fait partie. Fondée en 1980 à Salamani quartier de Fomboni par des hommes et des femmes soucieux de préserver leur patrimoine, l’Association Folklorique Baboulamana poursuit, plus de quarante ans après, son travail de transmission culturelle. Pour ses responsables, Baboulamana ne se résume pas à un groupe dédié aux cérémonies ou manifestations. L’association se veut avant tout un espace d’apprentissage et de transmission des valeurs, des chants et des danses hérités des générations précédentes. Président actuel et membre de la première génération, Ali Hamidoune Mahadali a vécu les premières années de cette aventure. Il se souvient d’une époque où la volonté de préserver les traditions constituait la principale motivation des fondateurs.

« Quand nous avons créé Baboulamana en 1980, nous avions une conviction : notre culture devait continuer à vivre », témoigne-t-il. Pour lui, les fondateurs se considéraient comme des « passeurs » plutôt que comme les propriétaires de cette culture. Au fil des décennies, cette transmission s’est poursuivie. Selon Ali Hamidoune, Baboulamana est issue de la troisième génération de porteurs de cette tradition et a contribué à former jusqu’à la septième génération. Une continuité qui constitue, à ses yeux, la meilleure preuve que le travail des anciens n’a pas été vain. Mais cette mémoire est aujourd’hui fragilisée. La disparition progressive des pionniers et le vieillissement des anciens représentent une perte considérable pour l’association. Certains ne peuvent désormais plus participer aux activités, alors qu’ils détiennent une mémoire précieuse de l’histoire culturelle de Mohéli.

Le président appelle ainsi à recueillir leurs témoignages avant que ces souvenirs ne disparaissent avec eux. « Leur contribution ne doit pas être oubliée », insiste-t-il. La multiplication des associations culturelles issues de Baboulamana constitue, par ailleurs, une autre facette de cette transmission. Pour ses responsables, voire d’anciens membres créer leurs propres groupes est d’abord une preuve de réussite. « Quand une personne apprend un savoir et crée ensuite son propre groupe, cela signifie que la transmission a fonctionné », souligne Ali Hamidoune. Ahmed Abdou, acteur culturel issu de cette dynamique, reconnaît lui aussi le rôle de Baboulamana. « Elle a été une école pour plusieurs générations », témoigne-t-il, estimant que les nouveaux groupes doivent être perçus comme une continuité plutôt qu’une concurrence.

Reste un défi majeur : intéresser la jeunesse. Face à l’influence croissante des danses modernes et des nouvelles pratiques culturelles, Baboulamana veut convaincre les jeunes de redécouvrir leurs racines. « Nous ne sommes pas contre la modernité, mais il ne faut pas oublier ce qui constitue notre identité », rappelle son président. Pour Baboulamana, préserver la culture ne signifie donc pas refuser le changement. Il s’agit plutôt de permettre à la tradition d’évoluer sans perdre ses racines. Plus de quatre décennies après sa création, l’association entend ainsi poursuivre son rôle de passeur, afin que cet héritage puisse continuer à vivre bien au-delà de la septième génération.

Riwad

 


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