La Gazette

des Comores

Artisanat : Quand la tradition devient un métier d’avenir

Artisanat :  Quand la tradition devient un métier d’avenir © : HZK-LGDC

Abi Ibrahim a choisi de briser les chaînes et de devenir son propre patron. Seul au départ, formé par Youssouf M’madi, maître cordonnier spécialisé dans la chaussure traditionnelle, il a fondé IBNA SHOES à Iconi. Diplômé en droit, il vit aujourd’hui entièrement par son métier. Son ambition est de faire de la transmission un levier contre le chômage.


Il a tout commencé seul. Avec pour seuls outils sa détermination et des chaussures usées à réparer, Abi Ibrahim a appris les bases du métier dans son coin. Très vite, l’idée de créer a remplacé celle de réparer.  Un constat simple en regardant l’habit comorien. « J’ai constaté qu’il manquait des chaussures qui vont avec. C’est aussi une question d’amour par rapport au métier », explique-t-il. Un ami, Baba, l’a ensuite conduit chez Youssouf M’madi, un cordonnier reconnu pour son savoir-faire traditionnel. Cette rencontre a marqué un tournant décisif. « À partir de là, j’ai beaucoup appris à ses côtés. Youssouf M’madi est mon maître », reconnaît Abi. De cet apprentissage est né IBNA SHOES, un atelier installé à Iconi, dont le slogan est : « La tradition fait notre fierté ».

Titulaire d’une licence en droit, Abi Ibrahim n’a pas suivi le parcours professionnel auquel son diplôme le destinait. Pourtant, il ne regrette rien. Ses études lui sont aujourd’hui utiles dans la gestion de son activité et dans ses relations avec la clientèle. « L’école m’a énormément aidé, notamment dans la création et la gestion de mon entreprise, ainsi que dans la communication », assure-t-il. Pour Abi, la cordonnerie n’est pas un simple gagne-pain. C’est le centre de sa vie. « Mes besoins quotidiens, tous les besoins humains, santé, tout, c’est mon métier que je vis. Je me soigne et je vis pour ça », confie-t-il. Cette implication totale explique son énergie et sa rigueur dans chaque paire fabriquée. Aujourd’hui, IBNA SHOES fait vivre 5 salariés. Tous ont commencé comme stagiaires-apprenants dans l’atelier avant d’être intégrés à l’équipe. « Au départ, j’étais seul. Ensuite, mes cinq employés étaient mes apprenants stagiaires. À l’heure actuelle, je les ai embauchés », précise le patron.

Sa vision ne s’arrête pas là. Il veut aller plus loin dans la formation et l’insertion. « Mon souhait est de réduire le chômage et d’enseigner mon savoir-faire aux jeunes, plus précisément ceux qui n’ont pas fait d’études. C’est ma vision d’avenir : réduire le chômage en embauchant et en enseignant plus », affirme-t-il.  Si la demande est bien présente, les contraintes logistiques pèsent sur l’activité. Abi Ibrahim identifie deux inconvénients majeurs de son métier : les retards d’arrivage des matières premières et la hausse continue de leurs prix. « Les matières premières prennent du temps à arriver. Les retards sont le plus grand inconvénient dans mon travail. Avec la guerre au Moyen-Orient, ça devient de plus en plus difficile. Et de plus, les prix augmentent », déplore-t-il.

 

Malgré ces obstacles, l’atelier tourne à plein régime. La diaspora comorienne représente sa clientèle la plus fidèle. Elle commande à distance pour garder un lien avec ses racines. Les cérémonies locales alimentent aussi l’activité : mariages, fêtes de l’Eid, festivals culturels. « J’ai également des clients qui en achètent pour des cadeaux d’anniversaire et d’autres qui souhaitent bien se chausser », ajoute-t-il. Pendant que certains attendent que l’État ouvre les portes, Abi a choisi de les forger lui-même. En faisant de son métier sa raison de vivre, en assumant les retards et la hausse des coûts, et en transformant chaque difficulté en raison de former davantage, il prouve qu’au pays, l’avenir ne se quémande pas : il se construit, une paire de chaussures après l’autre.

 

El-Aniou Fatima

 

 


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