Le procès contre la tentative de coup d’Etat déjoué s’est tenu les 14 et 15 décembre derniers auprès de la Cour de sûreté de l’Etat. A la grande surprise de l’assistance, le vendredi dans l’après-midi, les avocats de la défense ont quitté le palais de justice en signe de protestation. Ces derniers estiment que la juridiction est illégale.
Le 14 décembre dernier, s’est ouvert le procès des auteurs présumés de la tentative de coup d’Etat déjoué en août dernier, à Moroni, capitale de l’Union des Comores. Ce procès se tient devant la Cour de sûreté de l’Etat, juridiction d’exception dont les décisions ne sont susceptibles d’aucun recours.
Après que le président de la Cour de sûreté ait lu une par une, les charges pesant contre les 10 prévenus, les avocats de la défense, dans leur entièreté ont récusé la légalité de la Cour de sûreté. L’un des avocats, Me Azad a soulevé une question préjudicielle relative à la constitutionnalité de la loi portant création de la Cour de sûreté de l’Etat : « nous demandons à la Cour de sûreté de saisir la cour suprême afin que celle-ci valide ou non la légalité de la Cour de sûreté avant de passer aux plaidoiries ». Celui-ci a en outre, attaqué un procès, qu’il a qualifié « de politique qui ne se base sur une aucune preuve tangible dont le seul objectif est de garder les prévenus en prison jusqu’aux prochaines échéances électorales ».
La Cour a alors suspendu l’audience à midi pour concertation. A son retour, son président a décidé que le procès allait se poursuivre. Me Mzimba, bâtonnier du barreau de Moroni, a déclaré : tous les avocats constitués dans ce dossier se trouvent obligés de ne pas poursuivre leurs offices et nos clients ont également refusé d’être jugés par une juridiction qui heurte de plein fouet la constitution, et en ce soixante-dixième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits humains ». « Cette juridiction est particulière puisqu’elle n’admet pas de recours à ses décisions, qui par ailleurs, peuvent prononcer des peines lourdes comme la peine de mort ». Les avocats ont par la suite quitté le palais de justice sous les hourras de l’assistance et des badauds qui écoutaient la transmission du procès via des hauts parleurs.
Le commissaire du gouvernement, Mohamed Abdou a alors dénoncé « une opération de sabotage des avocats parce que la vérité allait éclater ». « Le procès va se tenir sans les avocats qui par leurs actes, ne défendent pas les intérêts de leurs clients », a-t-il soutenu. Avant de marteler « toutes les situations ont été prévues, rien ne nous prend de court ».
Si Said Ahmed Said Tourqui est apparu très amaigri, prématurément vieilli, Me Bahassani Ahmed, très en verve s’en est pris aux membres de la Cour de sûreté les accusant d’être « des partisans de la Convention pour le Renouveau des Comores » alors qu’il se trouvait à la salle d’audience. « Je vais rentrer dans ma cellule Crc mais je refuse d’être jugé par une cour affiliée à la Crc ». Au commissaire du gouvernement, il a dit, « vous respectez les textes quand ils vous arrangent ».
Peu après, le président de la Cour de sûreté, Abdou Abdallah a suspendu l’audience pour une reprise du procès le 15.
En août et septembre derniers, près de 10 personnes ont été arrêtées et placées en détention provisoire dans le cadre d’un coup d’Etat déjoué. Parmi elles, figurent un écrivain, un avocat, ou encore deux hauts gradés de l’armée, et des militaires de rang moindre.
Faïza Soulé Youssouf
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