Cité dans une affaire de falsification de sauf-conduits, l’ambassadeur des Comores en République de Madagascar, Caabi Elyachroutu Mohamed a rejeté ces allégations dans une interview accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse. L’ancien Secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien (COI) et ancien Vice-Président de l’Union des Comores nie toute implication dans ce dossier et dit se battre pour la régularisation de la situation des étudiants comoriens.
Qu’est-ce qui explique les falsifications des sauf-conduits dont on vous accuse d’être à l’origine ?
Caabi E. Mohamed : Je voudrais savoir qui m’accuse d’être à l’origine parce que si c’est qu’on dit sur les réseaux sociaux alors là même ceux qui sont à l’origine de ces affaires-là peuvent essayer de faire dévier la situation en accusant l’ambassadeur. Je suis suffisamment connu pour toutes les responsabilités que j’ai occupées. Et si j’ai quelque chose que j’ai toujours défendue comme principe dans ma carrière professionnelle, c’est l’honnêteté et l’intégrité qui m’ont valu beaucoup de mérite. Les gens peuvent dire tout ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux car tout se dit là-bas et toutes les personnalités politiques sont trainés dans la boue sans raison majeur. Je vous rappelle que la période où ces sauf-conduits ont été faits, les agents susceptibles de les signer étaient en congé. On a falsifié les documents et on a abusé de ma confiance. Tout ce que j’ai fait depuis que je suis ici, c’est de faire de telle sorte que ces personnes soient aux mains de la police même s’ils bénéficient de certaines protections ici.
A l’origine de l’explosion de cette affaire, on cite deux fils d’autorités comoriennes. Comment expliquez-vous cela ?
C.E.M : On peut dire qu’ils sont contaminés par le virus et comme vous le savez que ce ne sont pas eux seulement, on peut dire que nul n’est parfait. Ces jeunes se sont faits influencés par des mauvaises personnes mais ils ont bien reçu de l’argent pour prendre leur billet. Et j’espère qu’ils regrettent ce qu’ils ont fait parce qu’ils l’ont échappé bel grâce au ministre des Affaires Etrangères et à moi. C’est regrettable que des jeunes qui sont le présent et l’avenir de notre patrie s’immiscent dans de telles pratiques malsaines. Ils oublient qu’ils doivent avoir de comportements exemplaires car dans l’avenir, ils doivent occuper des postes de décision. Je ne cesse jamais de leur dire lors de nos rencontres qu’ils doivent respecter la loi malgache, la dignité du pays et ne pas porter atteinte à l’image du pays.
Les étudiants comoriens à Madagascar crient au prix exorbitant du visa. Qu’est-ce que vous avez mis en marche pour pallier à cette situation ?
C.E.M : Vous savez, cela ne relève pas des autorités comoriennes mais de la loi malgache. Ce sont les autorités compétentes malgaches qui, en pleine souveraineté, décident du prix du visa. Mais compte tenu de la proximité des deux pays et des liens de fraternité entre les peuples malgache et comorien remontant à la colonisation, les jeunes qui viennent ici s’étonnent que le prix du visa soit si élevé allant jusqu’à 400 Euros et c’est tout à fait normal qu’ils soient étonnés. Mais je vous assure que depuis presque six ans que je suis ici en tant qu’ambassadeur, j’ai fait de ce problème mon cheval de bataille parce que je vois beaucoup d’étudiants souffrir.
Nous avons négocié, il y’a eu des missions parlementaires comoriennes à Madagascar, le président Ikililou était fortement mobilisé face à cette situation et a même effectué un voyage d’Etat et s’était fait l’avocat, le porte-parole de cette affaire devant son homologue de l’époque, Hery. Mais les crises politiques de la Grande Île font que ce problème n’a toujours pas de solution. Actuellement, le ministre Soeuf m’épaule et a sensibilisé son homologue malgache pour trouver une solution même si le tarif ne serait pas applicable pour le seul comorien mais à l’ensemble des étudiants étrangers. Je vous précise qu’une délégation d’une commission mixte entre les deux pays aura lieu à Moroni et que cette affaire de visa sera à l’ordre du jour. Au cours de cette réunion, que je pense sera importante, c’est soit le premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères Malgaches qui va conduire la délégation pour négocier et voir les voies et moyens pouvant permettre de renforcer les liens.
Question : Avec votre statut de d’ancien SG de la COI, quelle stratégie est envisageable pour que les pays de l’Océan Indien aient une libre circulation et soient unis de plus en plus ?
C.E.M : Je pense que toute la critique sur la Commission, c’est qu’au lieu d’être une organisation d’intégration régionale, elle reste sur des projets d’intérêt commun. Et pour y arriver, il faut de la volonté politique de part et d’autre. Ça sera plus facile entre les quatre pays, car il ne faut pas oublier que La Réunion est un département français donc soumis à des engagements européens, de trouver un cadre spécial qui permet d’aller de l’avant pour améliorer le rapprochement. Nous sommes arrivés en ce moment au niveau des projets qui sont utiles, qui ont été fait pas la COI dans tous les domaines mais il n’y a pas eu de rapprochement réel des peuples. Et ce qu’attendent les peuples, c’est d’améliorer la connectivité aérienne, maritime, les échanges économiques et commerciaux, la circulation des biens et des personnes. C’est un travail de longue haleine mais c’est ce que désirent tous ces peuples de la COI. Toutefois, il faut tenir compte des particularités de chaque pays et concevoir une façon de vivre ensemble si nous voulons vraiment atteindre le stade de pays développés. Et je pense que le cas entre Madagascar et les Comores doit servir d’exemple pour toute la région.
Propos recueillis par A.O Yazid depuis Antananarivo
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