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Enseignement : revoir de fond en comble

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Enseignement : revoir de fond en comble © : HZK-LGDC

Depuis la diffusion des résultats du BAC session 2021, une onde de choc s'est propagée avec comme paradoxal bienfait l'amorce d'un débat sur le devenir de nos enfants face à la galère voire même au gouffre dans lequel ont été précipités l'Enseignement, l'Education et la Formation dans notre pays.


 Ce serait prétentieux pour moi et peu indulgent de votre part de nous attendre à un inventaire exhaustif des maux qui ont engendré cette malheureuse situation. Je vais donc me cantonner sur ce que je considère comme étant l'essentiel, le fondamental.

 

D'entrée en matière, j'indexe cette stupidité collective qui a élu domicile en nous et qui consiste à croire que nos enfants ont tous vocation à avoir un jour le BAC en poche. Ce leurre auquel nous convie le système éducatif Comorien, par absence totale d'orientation diversifiée, prend une part prépondérante dans cette catastrophe à répétition. Aussi longtemps qu'on ne se donnera pas les moyens de pouvoir sélectionner nos enfants dès l'entrée en Sixième en plusieurs filières d'orientation (littéraire, scientifique et professionnelle) les chances de pouvoir remédier à cette situation s'avéreront faibles. Quelle est la force d'un tel système à orientation en filières ? Il permet au pays en général et à l'enfant en particulier de choisir et non subir leur destinée.

 

Un autre volet fondamental relève des ressources matérielles et humaines dans l'Education et la Formation. Il s'agit de l'environnement peu attrayant offert par ces établissements vétustes et délabrés pour la plupart, le manque de rigueur et d'application de la part du personnel aussi bien enseignant que d'encadrement, les carences en supports pédagogiques et didactiques comme les laboratoires et salles audiovisuelles. Il faudra revaloriser la profession par une augmentation sensible du traitement des enseignants et encadreurs (au moins le double de celui pratiqué actuellement). C'est réaliste, détrompez-vous ! D'ailleurs parmi les rêves vendus par les initiateurs des Assises de 2018 figure l'engagement d'œuvrer à mettre de l'ordre dans les Sociétés d'Etat et autres établissements publics pour un meilleur équilibre salarial afin de générer un surplus de recettes destiné à être investi dans ces secteurs sociaux.

 

Vient ensuite le volet lié aux questions de programmes scolaires et de perfectionnement du niveau des enseignants. Il nous faut reconnaître que nos programmes scolaires antédiluviens. Et ce aussi bien qualitativement que quantitativement. A quoi ca nous sert de connaître le "Corn belt" Américain ? Ne vaut-il pas mieux par exemple de chercher à savoir la production céréalière de l'Afrique de l'Est ou Australe voire même Centrale plutôt que Américaine ?

 

Il faudra réduire les matières fondamentales et ramener les autres au rang de matières optionnelles. Il est capital que le Français et l'Anglais soient concurrents et considérer l'Arabe et le Swahili comme étant deux grandes langues optionnelles. D'aucuns diront que c'est sous-estimer l'Arabe ou la Religion. Pas du tout. C'est uniquement une question de géostratégie. D'ailleurs ceux qui ont suivi ma campagne lors des élections des gouverneurs ont dû retenir comme proposition une innovation dans l'Enseignement Coranique en rendant inéligible à l'examen d'entrée en Sixième l'enfant qui n'aura pas eu son Certificat attestant qu'il a acquis, fin CM1, le niveau "yahupveha ye hitima ya Mtrume" comme on dit traditionnellement chez nous. Bien sûr en accompagnement, l'enseignement Coranique devient obligatoire à l'école primaire du CP au CM1.

 

Il faut également rendre permanent le recyclage de nos enseignants du Primaire et du Secondaire en créant un Institut de la Formation Continue. D'ailleurs même le personnel de l'Administration devra y être astreint. Il fut une année où, suite à une année blanche, les bacheliers surtout scientifiques, si ma mémoire est bonne, ont été soumis à une année de remise à niveau avant d'aller poursuivre leurs études supérieures. Ces étudiants là ont tiré un meilleur profit de leur remise à niveau dans leurs études ultérieures. Il ne me parait pas contre-productif d'instituer pour une période une première année universitaire hors système LMD à Nvouni ayant valeur de remise à niveau.

 

Pour terminer, je voudrais évoquer la question de la coopération ou du partenariat universitaire sous l'angle consistant à favoriser la venue d'Universitaires étrangers, France et Sous-région, pour dispenser des cours à Nvouni dans certains domaines comme ca se fait dans beaucoup de pays. D'ailleurs cette question de partenariat doit être cultivée dans le domaine de la santé pour favoriser le mouvement de certains spécialistes étrangers de la Sous-région notamment pour venir assister leurs collègues du public ou du privé dans certains domaines pointus comme la chirurgie par exemple.

 

Aboudou Soefo (ancien professeur et ancien ministre de l’Education)

 


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