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Libre opinion / Pour des assises apaisées

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Libre opinion / Pour des assises apaisées

Le débat autour des assises a entrainé des prises de positions sans doute les plus contradictoires. Et cela est normal ; nous sommes dans une démocratie, il faut le rappeler. Ceux qui sont favorables aux assises ont le droit de l’exprimer, aussi ceux qui sont contre. Cela va de la bonne santé de notre démocratie. Il n’y a donc pas de pensée unique en démocratie. Ceux qui sont contre l’organisation des assises ne sont pas des ennemis du pays. Ils donnent à notre jeune démocratie sa valeur et sa solidité. Mais il nous semble que l’excès de communication entraine parfois certains dérapages verbaux loin de l’esprit des assises. Que chacun pèse ses mots pour éviter d’alimenter une polémique inutile.


Le pari du Chef de l’Etat consisterait à réunir tout le monde autour de la même table pour des échanges dépassionnés pour l’intérêt du pays. Et cet exercice ne sera pas facile, mais son  devoir est de le réussir. Qu’on discute de tous les problèmes du pays : politiques, économiques et sociaux. Qu’on échange sur tous les maux qui frappent le pays (népotisme, corruption, etc.….), mais dans un esprit constructif. Que l’intérêt du pays prime sur les ambitions des uns et des autres. 

Oui, faisons le bilan des 42 ans d’indépendance, pour pouvoir tirer les leçons du passé et  projeter sur l’avenir, mais dans un esprit « neutre ». Ayons le courage de se faire face et de se dire des vérités, peut-être, blessantes, mais pour mieux « se réconcilier ». Que les assises ne soient pas une tribune de campagne électorale, sinon on aura perdu l’esprit de ce rendez-vous important. 

Les Responsables d’aujourd’hui ont besoin de convaincre de l’utilité de ces assises. Et pour cela, ils ne doivent pas intimider. Ils doivent expliquer et non polémiquer. Sur ce point, l’Exécutif de Ngazidja fait école. Le Gouverneur Hassani Hamadi a fait le choix de l’apaisement et de la concertation, mais surtout de la sensibilisation. Il a compris que la provocation et la polémique n’ont pas de place dans un sujet aussi sérieux.

Au sujet de la tournante, ne nions pas l’évidence, elle est une page de notre histoire politique.  Elle sera bel et bien au rendez-vous. Car elle n’est pas un faux débat. Un système qui a  engagé le destin d’une nation des années durant ne saurait être un faux débat. Que cela soit clair. On ne nie pas l’évidence, sinon on ne peut  rien construire. La tournante pourrait être supprimée ou maintenue, mais le problème n’est pas là. Le danger serait de remuer une plaie que nous avons crue cicatrisée.

Par ailleurs, il y a  une question importante qui occupe peu d’espace dans le débat relatif aux assises alors qu’elle mérite bien, je le pense, d’être inscrite à l’ordre du jour : la question du Grand Mariage. Bien qu’il soit un élément essentiel de notre culture, mais il ne fait aucun doute qu’il constitue une entreprise de dilapidation. Ainsi, lors des assises, comme je l’ai déjà  dit ailleurs, les intellectuels, mais surtout les politiques ont le choix de secouer le joug en proposant des réformes sérieuses (ça ne sera pas facile car quand on a l’habitude de faire marche arrière et qu’on vous demande de changer de sens ça pose toujours problème) pour sortir de l’impasse ou de s’accroupir devant une tradition archaïque, désuète et obsolète qui obscurcit chaque les possibilités d’un avenir meilleur.

 

Abdoulfatah Ali, romancier et ancien directeur de l’école privée Le Gymnase.

 

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