La Gazette

des Comores

Plus de 178 millions pour le foot et 0 franc pour la Culture

Plus de 178 millions pour le foot et 0 franc pour la Culture © : HZK-LGDC

Les Cœlacanthes, l’équipe nationale de football, ont bénéficié à eux seuls d’une enveloppe de plus de 178 millions de nos francs rien que pour le rendez-vous du jeudi 25 mars avec le Togo à Moroni. Ce coup de pouce a fait sortir de ses gonds le monde de la culture, devenu le cadet des soucis du ministère des Arts, de la Culture et des Sports.


Pour le seul match de ce jeudi, la sélection nationale de football, les Cœlacanthes, a bénéficié d’une enveloppe de 178 millions de nos francs. Une somme non négligeable pour un geste salutaire. Seulement, le ministère de sports qui est en même celui des arts et de la culture ne loge pas tout le monde à la même enseigne. En cette période de Covid-19 où nombreux secteurs ont eu un accompagnement financier du gouvernement, les artistes comoriens eux dorment à la belle étoile.

 

Salim Mzé Hamadi Moissi alias Seush, chorégraphe de la compagnie de danse Tché-Za et un des artistes professionnels du pays rappelle que « cela fait un an que nous les artistes nous vivons dans un déluge ». Un an, cela correspond à la durée de la crise sanitaire qui a commencé début 2020. Pour espérer un soutien de l’Etat par l’intermédiaire du ministère de tutelle, l’artiste indique que lui et ses collègues ont vu le ministre à qui ils ont soumis des revendications « pour juste une aide ». « On compare 0 franc à 178 millions de francs en un seul match, il faut rigoler ».

 

Face à cette « irresponsabilité » des autorités, le rappeur et gérant du Label Watwaniya Prod, Abderemane Cheikh alias Cheikh Mc estime que le secteur est « orphelin ». « On se sent orphelin car on n’a aucune institution qui s’occupe de nous. Personne ne se soucie de notre sort. Il est difficile de continuer en tant qu’artiste. Y’a rien pour nous. Et il faut dire que nous, on est là pour faire plaisir aux gens, les divertir. On sait qu’il y a un ministère pour nous mais on se demande à quoi sert-il. Nous on ne croit pas que l’Etat estime que les artistes méritent d’être assistés. Je ne crois même pas qu’on reconnait notre profession », se lâche le rappeur engagé.

 

Même cri d’alarme pour le peintre Zainou El Abidine Ali (El Zain). Ce dernier fait savoir que cette crise sanitaire et l’absence de soutien par les autorités leur a mis dans le « chaos total » car, dit-il, « nos activités ne tournent pas ». « Les artistes ont besoins de vivre. Sans culture, l’émergence tant criée ne se fera pas ». Soumette Ahmed, comédien, metteur en scène et président du Centre de création artistique des Comores (CCAC-Mavuna) estime quant à lui que les artistes contribuent beaucoup plus au rayonnement des pays et qu’en cette période où tous les secteurs sont impactés, les Comores, un pays où la culture n’a jamais eu le soutien de l’Etat mise à part l’attribution de l’espace abritant le Centre de création, « la situation est de plus en plus compliquée ». « On a crié mais l’Etat est sourd. Le ministère est payé pour réfléchir pour nous et je vous assure que je ne compte pas sur ce ministère ».

 

Revenant sur l’enveloppe octroyée à l’équipe nationale, Seush adresse un message au chef de l’État Azali Assoumani, dont il veut bien rappeler les nouvelles fonctions de vice-président du bureau de l’Union Africaine. « Cette année au sommet des chefs d’États et de gouvernements le thème était « Arts, Culture et Patrimoine » : leviers pour construire l’Afrique que nous voulons ». Son pays, celui qui est aussi le nôtre, ces choses-là n’existent pas surtout pas à leurs yeux. C’est paradoxal », s’emporte ce danseur qui a réussi en un laps de temps à se faire un nom sur la scène internationale. « Tant que le foot sera sous le même ministère que la culture, cette dernière restera toujours le parent pauvre » du gouvernement, tacle celui qui va jusqu’à proposer un détachement faute de considération.

 

A.O Yazid

 


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