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Interview Nassuf Djailani, auteur du spectacle "Les dits du bout de l'île"

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Interview Nassuf Djailani, auteur du spectacle © : HZK-LGDC

« Les dits du bout de l’île est une introspection dans Mayotte post-départementalisation… une immersion dans les cœurs des hommes et des femmes qui vivent dans cette partie du monde »


La compagnie Cie Ariart Théâtre a présenté son spectacle "Les dits du bout de l'île" le 30 juillet dernier au festival d’Avignon. Nassuf Djailani, auteur de la pièce a accepté de répondre aux questions de La Gazette/HZK Presse.   

Question : Vous êtes l'auteur du spectacle "Les dits du bout de l'île". De quoi parle le spectacle?

Nassuf Djailani : Les dits du bout de l’île est une introspection dans Mayotte post-départementalisation, une immersion dans les villages, dans les cœurs, dans la chair des hommes et des femmes qui vivent dans cette partie du monde avec leur lots de questions, leur rêve d’un lendemain qui chante, leurs déceptions, leurs espérances. Nous avons pris le parti de parler des dits, parce que ce sont d’abord des voix que nous avons recueillies avec des amies anthropologues (Julie Peghini et Nadine Wanono). Des entretiens que nous avons menés, pour tenter de comprendre ce que sont devenus les Mahorais, sur ce qu’ils pensent d’eux-mêmes et sur ce qu’ils attendent de ces bouleversements institutionnels, politiques dans leur vie et comment ils s’envisagent l’horizon. Pour porter cette parole à la scène, j’ai imaginé le cadre d’une famille, un homme rentre dans son pays après plusieurs années d’absence, et comble du malheur il ne reconnait plus rien, et retrouve un pays qui grimace ; et pour ne rien arranger même les siens lui renvoient à son étrangeté, à sa différence.

Question : La compagnie a joué son dernier spectacle le 30 juillet dernier à Avignon. Comment il a été accueilli par le public ?

N.D. : Le beau public d’Avignon a été au rendez-vous et de la plus belle manière. D’abord la compagnie a été accueillie par une formidable équipe du théâtre de la chapelle du verbe incarné, un théâtre, connu et reconnu pour sa très belle programmation des compagnies d’Outre-mer et d’ailleurs. Nous ne remercierons jamais assez Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet pour leur grande générosité. Ensuite, le public était constitué de festivaliers curieux de Mayotte, de l’archipel des Comores, et qui venaient voir en connaissant un petit peu, et puis d’autres qui ne connaissaient rien à la région mais qui sont sortis du spectacle ravis (en tous cas ceux avec qui j’ai discuté) d’entendre un autre son de cloche sur cette partie du monde où leur pays, La France, exerce son influence. D’un côté des curieux amusés, de l’autre d’autres qui poursuivent la réflexion après le spectacle sur les thématiques que soulève la pièce (l’identité, l’exil, la folie, l’amour, le pardon, la vie).

Question : La compagnie Cie Ariart Théâtre est la première compagnie de l'archipel à participer au festival d'Avignon pour la première fois. Quelle est votre réaction ?

N.D. : Je ne sais pas si la compagnie est la première à participer au festival, en tous cas, elle est l’une des rares à avoir présenté au plateau des comédiens et musiciens de tout l’archipel et même de la région au grand large. Il faut noter que parmi les trois comédiens en plateau, il y a la très grande comédienne Dalfine Ahamadi de Mayotte (qui interprète merveilleusement bien le rôle de la mère du poète en plus du rôle de La fille), secondée par Nassime-Alexandre Hazali (qui joue le fils et en même temps les personnages du fou et du Blanc). Il y a également et surtout la présence de mon ami et petit frère Soumette Ahmed (excellent comédien de la Grande Comore et Anjouan). Sans oublier le très bel accompagnement des comédiens par l’immense bluesman originaire de Mohéli, Mwegne Mmadi Djibaba. Un plateau complété par le très précieux multi instrumentiste malgache Tao Ravao pour les cinq dates restantes.

Question : Quelles sont les relations entre les comédiens ?

N.D. : Les comédiens ont une très grande complicité entre eux, née des résidences qui ont eu lieu à Kani-Kéli dans le Sud de Mayotte (lieu théâtre de la compagnie Ariart théâtre). Il y a vraiment un esprit famille, avec une belle entente, et une grande envie d’avancer ensemble pour faire entendre une parole.

Question : Après Avignon, quelles seront les prochaines étapes ?

N.D. : Le spectacle doit normalement tourner dans l’archipel des Comores à partir du mois de septembre ou octobre 2016. Plusieurs représentations sont d’ores et déjà prévues à Mayotte à la MJC de Kani-Kéli pour montrer au public mahorais et au-delà ce beau travail exposé dans l’un des plus hauts lieux du théâtre mondial, qu’est le festival d’Avignon.

Question : Un dernier mot sur cette pièce ?

N.D. : Le texte du spectacle est pour l’instant, inédit, je recherche activement un éditeur pour donner à entendre ces voix recueillies. En espérant aussi que le public de la région (et d’ailleurs) reçoive mieux aussi cette invitation à une plongée en nous-mêmes, pour apprendre à mieux nous regarder, à mieux nous considérer, pour arriver enrichis et forts dans notre relation à l’autre, aux autres, en paix avec nous-mêmes.

 

Propos recueillis par MY

 


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